Daesh: Pourquoi la Libye est-elle le nouvel eldorado des djihadistes?

ANALYSE « 20 Minutes » vous explique les raisons pour lesquelles Daesh a investi l’ancienne « Grande Jamahiriya » de Mouammar Kadhafi…

Bérénice Dubuc

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Capture d'écran d'une vidéo montrant 21 coptes égyptiens décapités par Daesh en Libye, le 19 avril 2015.
Capture d'écran d'une vidéo montrant 21 coptes égyptiens décapités par Daesh en Libye, le 19 avril 2015. — REX Shutterstock/REX/SIPA

De l’aveu même de Manuel Valls, c’est « incontestablement le grand dossier des mois qui viennent ». La situation s’est en effet tellement dégradée en Libye que des groupes djihadistes armés, et notamment Daesh, y ont émergé. Deux Français ont d’ailleurs été arrêtés à la mi-novembre, soupçonnés d’avoir voulu se rendre dans des camps d’entraînement de Daesh en Libye, où auraient été formés au maniement des armes les auteurs des attaques du Bardo et de Sousse. 20 Minutes vous explique les raisons pour lesquelles Daesh a investi l’ancienne Grande Jamahiriya de Mouammar Kadhafi.

Parce que la situation politique permet son développement

Depuis la fin de l’été 2014, deux gouvernements et deux Parlements -l’un reconnu par la communauté internationale, à Tobrouk, et l’autre, contrôlé par la coalition de brigades islamistes Fajr Libya à Tripoli- s’affrontent. Ce chaos a permis le développement de groupuscules armés, qui se rallient à Daesh depuis un an. En 2015, le groupe a multiplié les actions violentes (attaque de l’hôtel Corinthia à Tripoli, vidéo de la décapitation de 21 chrétiens égyptiens…), et s’est emparé de plusieurs villes, notamment Syrte, sur la côte méditerranéenne, annonçant le découpage du pays en trois provinces (« wilayas ») : Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan.

Il s’étend désormais à l’ouest -avec un camp d’entraînement à Sabratha, près de la frontière tunisienne-, tente d’élargir sa zone d’influence jusqu’à Ajdabiya à l’est, et de récupérer Derna, proclamée califat avant d’être abandonnée à des groupes armés rivaux. Interrogé par Europe 1, Kader Abderrahim, chercheur à l’Iris, estime que Daesh contrôle désormais 1/5e du pays, soit 20 à 23 % du territoire. Un rapport des experts du comité onusien des sanctions contre Al-Qaida évalue le nombre de combattants entre 2.000 et 3.000, dont 1.500 à Syrte.

Du fait de la situation géographique du pays

Le spécialiste du terrorisme Alain Rodier s’inquiétait début 2015 d’une « poussée » de l’influence du groupe dans la région, alors que le directeur du Centre Arabe de Recherches et d’Analyses Politiques et Sociales, Riadh Sidaoui, abondait, craignant que plusieurs pays voisins déjà fragiles -Tunisie, Algérie, Egypte…- ne soient encore plus déstabilisés. La même inquiétude est de mise pour le Niger, le Mali, ou le Tchad.

De plus, si la Libye est située sur le continent africain, elle n’est qu’à 500 kilomètres de l’Europe, offrant un accès à la mer. Dans la vidéo mettant en scène la décapitation des Coptes égyptiens, l’un des bourreaux souligne d’ailleurs : « Avant, nous étions en Syrie. Aujourd’hui, nous sommes sur la terre musulmane de la Libye, au sud de Rome ».

Du fait de l’inaction de la communauté internationale

Si le G5 Sahel s’inquiète depuis un an du chaos libyen et a réclamé une intervention internationale, tout comme l’Egypte voisine (qui a bombardé des positions de Daesh en février) ou encore l’Italie et la France, une nouvelle opération internationale n’est pas d’actualité. D’abord parce que la précédente, en 2011, a en partie mené à l’effondrement actuel car elle n’était pas couplée à un projet politique. Ensuite parce que les grandes puissances sont déjà impliquées dans la coalition qui mène des raids aériens en Syrie et en Irak contre Daesh. Certains demandent que ces raids soient étendus à la Libye, comme cela a déjà été fait mi-novembre par l’armée américaine, pour tuer le chef de Daesh en Libye, l’Irakien Abou Nabil. Mais pour d’autres, des bombardements étrangers sur la Libye ne feront que renforcer Daesh en radicalisant la population.