Montage: Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan en 2015.
Montage: Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan en 2015. — Sergei Karpukhin/Burhan Ozbilici/AP/SIPA

ANALYSE

VIDEO. Le pétrole de Daesh transite-t-il vraiment par la Turquie?

Le président russe, Vladimir Poutine, a affirmé que le pétrole produit par Daesh était «acheminé massivement, de manière industrielle, vers la Turquie»...

Une accusation claire et nette : Vladimir Poutine a affirmé lundi avoir « toutes les raisons de penser que la décision d’abattre [l'avion russe] a été dictée par la volonté de protéger les chemins d’acheminement de pétrole vers le territoire turc ». Le président russe a en outre affirmé que le pétrole produit par Daesh, qui représente l’une des principales sources de financement du groupe djihadiste, était « acheminé massivement, de manière industrielle, vers la Turquie ».

Une charge qui n’est pas nouvelle, puisque Moscou avait déjà accusé la semaine dernière Ankara de « protéger » les djihadistes de Daesh et de « gagner des centaines de millions et des milliards de dollars » en couvrant leur trafic. En face, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a continué mardi d’arguer que le bombardier russe a délibérément violé l’espace aérien turc -ce que les Russes démentent- et que la Turquie a agi légitimement pour le protéger. Il a dénoncé des « accusations sans fondement » de la part de Vladimir Poutine.

« Le pétrole (…) transite de part et d’autre des frontières turques »

Pourtant, plusieurs experts s’accordent à dire qu’une partie du brut produit par Daesh est exporté, via des réseaux de contrebande qui existaient dans la région avant son implantation, vers le Kurdistan, la Syrie, l’Irak, la Jordanie et… la Turquie. « Le pétrole, mais aussi toute une série d’autres produits -comme des biens alimentaires que les populations ne trouvent pas en Syrie par exemple- transitent de part et d’autre des frontières turques », explique ainsi à 20 Minutes Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT).

Pierre Terzian, directeur de Pétrostratégies, affirmait également au Huffington Post que la Turquie est le premier destinataire du pétrole du groupe djihadiste, soulignant : « Daesh a la possibilité d’écouler ses stocks en Turquie, du sud jusqu’au centre du pays. (…) Si de gros volumes sortent de Syrie, ils sont écoulés en Turquie. »

La Turquie « laisse faire »

Malgré les effets d’annonce, la position turque ne s’est en effet pas durcie face à Daesh. « A part permettre le décollage sur son territoire des avions de la coalition (…), je n’ai pas vu de signe qui montrerait que la Turquie soit vraiment motivée politiquement par un assaut contre Daesh », observe ainsi auprès des Inrocks Valérie Marcel, spécialiste du commerce du pétrole au sein du think tank Chatham House, qui précise cependant que « la Turquie a commencé à fermer les frontières, à empêcher le trafic du brut ».

« On ne voit aucun signe encourageant de fléchissement de la position turque, d’une fermeté plus grande à l’égard de ces trafics », abonde Jean-Charles Brisard, affirmant que la Turquie « laisse faire, ferme les yeux sur ce qui se passe à ses frontières ». « Les Turcs ont depuis longtemps une position ambigüe à l’égard de Daesh, et ils n’ont pas varié. Recep Tayyıp Erdogan lutte d’abord et avant tout contre le PKK, et ne veut en aucun cas voir une zone-tampon gardée par les peshmergas s’établir à sa frontière. »