En Syrie, le cap de la «grande» coalition anti-Daesh reste à définir

TERRORISME François Hollande s’est fixé l’objectif de rassembler les chefs d'Etat occidentaux et la Russie au sein d'une coalition internationale unique pour combattre l’organisation terroriste Etat islamique…

Laure Cometti

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Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre des Affaires étrangères russe Sergeï Lavrov, le 14 novembre 2015 à Vienne, en Autriche, où se tenait une réunion sur la résolution de la crise syrienne.
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre des Affaires étrangères russe Sergeï Lavrov, le 14 novembre 2015 à Vienne, en Autriche, où se tenait une réunion sur la résolution de la crise syrienne. — Leonhard Foeger/AP/SIPA

Tout l’agenda diplomatique - ou presque - de François Hollande tourne cette semaine autour d’un seul objectif : former une coalition unique pour combattre l’organisation terroriste Etat islamique. Après les attentats du 13 novembre dernier, le président français souhaite concrétiser la résolution proposée par Paris et adoptée vendredi par les Nations unies.

Une coalition unique

Une soixantaine de pays participe déjà à la coalition dite « arabo-occidentale » qui mène depuis un an des frappes aériennes en Syrie et en Irak, sous l’égide des Etats-Unis. En parallèle, la Russie et l’Iran interviennent en Syrie. Les armées russes, françaises et américaines coordonnent leurs bombardements pour « éviter tout incident dans le ciel syrien », note Agnès Levallois, consultante spécialiste du Moyen-Orient, qui s’interroge : « cette grande coalition pourra-t-elle aller au-delà d’une coopération militaire ou n’est-ce qu’un effet d’annonce ? »

Pour en « faire plus », il faudrait que les deux blocs partagent les mêmes cibles. « Les frappes russes visent surtout les rebelles syriens, même si Daesh est plus ciblé depuis quelques jours », observe Agnès Levallois. Le crash de l’avion russe dans le Sinaï, le 31 octobre dernier, attribué à Daesh, a en effet infléchi la position du Kremlin.

Pour autant, la « grande » coalition ne pourrait se cantonner à des frappes aériennes. « En un an, les bombardements de la coalition occidentale ont eu des résultats paradoxaux. S’ils ont ponctuellement affaibli Daesh, ils ont aussi alimenté la propagande et le recrutement de l’organisation », souligne Jean-Claude Allard, directeur de recherche à l’Iris. Pour le général à la retraite, une intervention terrestre est indispensable ainsi qu'un contrôle armé d'«une partie de la frontière turco-syrienne, poreuse, pour encager, asphyxier Daesh».

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Eradiquer Daesh, et après ?

A la mi-novembre, la réunion de Vienne a esquissé les contours d’une solution politique, mais les avis divergent sur le sort du président syrien Bachar al-Assad. Moscou pose « le respect de la souveraineté de la Syrie » comme condition à sa participation à la coalition. Vladimir Poutine et son homologue iranien Hassan Rohani ont dénoncé ce lundi « le caractère inadmissible des tentatives extérieures de dicter les scénarios du règlement politique » en Syrie, un message adressé à Washington et Paris.

 

Si un consensus est loin d’être atteint, les positions des deux blocs ne sont pas figées. Barack Obama et Vladimir Poutine ont récemment amorcé un dégel, en marge du G20.

En marge de la réunion du G20 à Antalya (Turquie), le 16 novembre 2015, Vladimir Poutine et Barack Obama ont eu une conversation en aparté pendant une demi-heure, qualifiée de «constructive» par la Maison-Blanche. - Kayhan Ozer/AP/SIPA

 

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius affirme toujours que Bachar al-Assad « ne peut pas être l’avenir de la Syrie », mais la diplomatie française a « évolué », note Elisabeth Guigou, présidente PS de la commission parlementaire des Affaires étrangères. « À l’évidence, nous ne sommes pas attaqués par Bachar Al-Assad », dit-on au quai d’Orsay selon Le Monde.

En face, « la Russie ne veut pas maintenir Assad à tout prix, elle veut un gouvernement syrien allié qui lui permette de conserver ses bases militaires [à Lattaquié et Tartous] et qui protège les minorités. L’Iran souhaite maintenir l’influence de l’arc chiite face aux pays sunnites du Golfe », affirme Jean-Claude Allard. La priorité absolue et commune est désormais la lutte contre Daesh. Or évincer Assad trop tôt créerait une opportunité pour l’organisation djihadiste, selon le général à la retraite. Les Occidentaux ne formulent pas l’équation en ces termes, mais le calendrier précis du départ d’Assad ne semble plus en tête de leurs priorités.