«Capital» décortique les sources de financement de Daesh

TELEVISION Les journalistes Eric Declemy et Emanuel Creutze expliquent ainsi comment, en achetant un t-shirt à bas prix en France, chacun d’entre nous peut financer l’organisation involontairement...

B.D.

— 

Des combattants de Daesh en Irak, le 24 février 2015
Des combattants de Daesh en Irak, le 24 février 2015 — Uncredited/AP/SIPA

Une entreprise terroriste dont les sources de financement sont en cours de diversification. Dans Daesh, état islamique: d'où proviennent les milliards des nouveaux barbares?, diffusé ce dimanche soir à 20h55 dans Capital, sur M6, Eric Declemy et Emanuel Creutze remontent la piste des sources de financement de Daesh. Dons, pillages, contrebande, racket… toutes les sources de revenus de «l’organisation terroriste la plus puissante et la plus riche de tous les temps», au budget estimé à plus de 2 milliards de dollars pour 2015, sont passées en revue.

>> A lire : Comment Daesh est devenu le groupe terroriste le plus riche de la planète

On savait déjà comment Daesh avait été, à ses débuts, financée par de riches mécènes des monarchies du Golfe, puis comment la prise de Mossoul, en juin 2014, lui avait permis de faire entrer dans ses caisses plusieurs milliards de dollars. Cette plongée dans le système économique de l'organisation souligne aussi l’importante part des profits tirés du pétrole dans le budget de l’organisation -ils s’établissent à «environ un quart des revenus de l’EI, soit un peu moins de 600 millions de dollars par an»-, ou celle, également bien connue, tirée du pillage et du trafic d’antiquités et de reliques.

Mais le film donne surtout à voir comment l’organisation est parvenue à multiplier et diversifier ses sources de revenus. Ainsi, les filières de contrebande -préexistantes à son implantation dans ses territoires- permettent à Daesh d’écouler, en grande partie via la Turquie voisine, sa production de pétrole, mais aussi… de coton. La Syrie faisait en effet partie, avant la guerre, des plus gros producteurs au monde, et Daesh contrôle aujourd’hui 90% des champs de coton syriens.

Des t-shirts «made in Daesh»

Comme pour les autres productions, le coton -tout aussi intraçable que le pétrole une fois qu’il est mélangé à celui provenant d’autres zones de production- est vendu à prix cassés, toujours moins cher que le prix du marché classique pour séduire les clients. Or, c’est de Turquie que proviennent nombre d’articles d’habillement à bas coût, qui sont ensuite vendus à l’international. Acheter un t-shirt à bas prix en France, peut donc amener chacun d’entre nous, involontairement et sans le savoir, à financer Daesh.

L’organisation tire aujourd’hui, notamment grâce au commerce du coton, quelque 180 millions d’euros par an de revenus de l’agriculture: sur un euro de coton vendu, expliquent les deux journalistes, l’agriculteur est tenu de reverser dix centimes à Daesh. En effet, l’organisation a mis en place nombre de taxes, auxquelles sont soumis les quelque 10 millions de personnes vivant dans la zone sous son contrôle, à cheval entre la Syrie et l’Irak.

Détournement de la zakat (aumone) en taxe mensuelle sur les revenus des habitants, taxation sur le chiffre d’affaires des commerçants, mais aussi prélèvement sur les camions qui sont obligés de transiter par son territoire d'un «droit de passage», ou encore taxations -pouvant aller jusqu'à 50% à Mossoul- sur les salaires des fonctionnaires, toujours payés par les Etats syriens et irakiens dans ces zones. Des «taxes» si lucratives qu’elles ont d'ores et déjà supplanté les revenus de la contrebande de pétrole.