Quelle stratégie pour la coalition internationale face à l’avancée de Daesh?

INTERNATIONAL « 20 Minutes » a sollicité l’éclairage de trois experts en géopolitique…

Laure Cometti

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Des avions de l'US Air Force photographiés en septembre 2014 dans le nord de l'Irak.
Des avions de l'US Air Force photographiés en septembre 2014 dans le nord de l'Irak. — Staff Sgt. Shawn Nickel/AP/SIPA

Dix mois après la formation d’une coalition arabo-occidentale pour lutter contre l’organisation terroriste Etat islamique (EI), également appelée Daesh, en Syrie et en Irak, les ministres des Affaires étrangères de la vingtaine de pays membres et des représentants d’institutions internationales se réunissent ce mardi à Paris pour réévaluer leur stratégie politique et militaire. Quels efforts cette coalition hétéroclite devra-t-elle fournir pour enrayer l’avancée de l’EI en Irak et en Syrie ?

Un premier bilan mitigé

Depuis l’été 2014, la coalition a mené plus de 4.000 frappes aériennes en Irak et en Syrie et des conseillers militaires épaulent les soldats kurdes et irakiens. Cela a « permis de briser l’élan que connaissait Daesh », analyse Alain Rodier directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement, citant les victoires de Kobané en Syrie et Tikrit en Irak. Mais l’organisation djihadiste a « très bien su s’adapter à la nouvelle donne en dissimulant ses forces au sein des populations civiles » ou en les organisant en « petites unités extrêmement mobiles et fluides », difficiles à viser lors de raids aériens, explique-t-il.

Absence de troupes au sol

« Sans troupes au sol, les frappes aériennes ne règlent rien », renchérit Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. Pire encore, les bombardements font de nombreuses victimes collatérales, au risque de pousser les populations locales dans les bras de Daesh.

La stratégie militaire de la coalition reste donc limitée. « L’armée irakienne est littéralement inapte au combat », assène Alain Rodier, à cause de la corruption et du manque d’encadrement. Quant aux Etats de la coalition, ils sont réticents à intervenir sur le terrain. « La France est engagée au Mali, le Royaume-Uni invoque des arguments budgétaires, les Etats-Unis refusent de s’enliser à nouveau dans une guerre de terrain et les monarchies du Golfe n’ont pas d’armées suffisamment puissantes », égrène Jean-François Daguzan.

Tensions religieuses et impasse politique

Alain Rodier observe que seules les milices chiites, « encadrées par la force al-Qods des pasdaran iraniens et par le Hezbollah libanais, ont montré leur potentiel offensif », notamment lors des combats à Ramadi, mais au prix d’exactions envers les populations sunnites qui accentuent les tensions religieuses. « La haine entre les deux communautés est à son comble », estime-t-il.

Dans ce contexte, il semble crucial de trouver une solution politique, mais les membres de la coalition ont des objectifs et des agendas différents.

Crise humanitaire

« Le problème, c’est que huit millions d’habitants, majoritairement sunnites, se trouvent pris entre les tirs croisés des forces chiites et de l’EI, et sous les bombardements de la coalition », s’inquiète Mathieu Guidère, professeur de géopolitique arabe à l’université de Toulouse. Face aux difficultés d’acheminement de l’aide humanitaire internationale, l’EI renforce sa légitimité en assurant les missions régaliennes dans les zones qu’il contrôle.

Donner un pouvoir politique et militaire à ces tribus sunnites permettrait d’endiguer l’avancée des combattants djihadistes. Cette solution a certes fait ses preuves en 2006, mais « les miliciens sunnites n’ont pas été remerciés pour leur participation à l’affaiblissement des mouvements salafistes djihadistes » et « la confiance n’est plus là », précise Alain Rodier.

Daesh pourrait toutefois se trouver affaibli si les flux financiers et humains qui l’alimentent venaient à s’amenuiser. Il faut notamment renforcer la lutte contre le crime organisé, « profiteur de guerre par lesquels passent tous les trafics », avance Alain Rodier. Sur ce point, Mathieu Guidère est sceptique, estimant que l’organisation est financièrement autonome.