Un ex-espion de Saddam Hussein aurait échafaudé la stratégie de Daesh en Syrie

TERRORISME Une enquête de l'hebdomadaire «Der Sipegel» dévoile la tactique élaborée par l'«éminence grise» de l'organisation État islamique...

L.C.
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Un combattant kurde du YPG dans la ville de Kobané reprises aux combattants de Daesh le 26 janvier 2015.
Un combattant kurde du YPG dans la ville de Kobané reprises aux combattants de Daesh le 26 janvier 2015. — LAURENCE GEAI/SIPA

L’avancée rapide de l’organisation État islamique (EI) en Syrie aurait-elle été méticuleusement préparée par un ancien espion irakien? C’est ce qui ressort d’une enquête publiée ce week-end dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Le média base ses affirmations sur plusieurs mois d’investigation en Syrie et des documents découverts début 2014 dans un ancien QG de l'EI à Alep.  

Cellules locales d’espionnage et meurtre des opposants

Dans cette enquête, intitulée «Des dossiers secrets révèlent la structure de l’Etat islamique», le magazine explique qu’il a pu avoir accès à 31 pages de notes manuscrites, obtenues suite à de longues négociations avec les rebelles d’Alep: des graphiques, des listes et des emplois du temps qui feraient partie d’un programme précis pour établir un califat dans le nord de la Syrie.

Ce plan impliquait dans un premier temps la mise en place de cellules d'espions se faisant passer pour des prédicateurs dans des villes et des villages, afin de cartographier les rapports de force dans chaque région.

L’étape suivante prévoyait de faire assassiner ou enlever les leaders charismatiques et les meneurs de la rébellion par des unités spéciales, en vue de tuer dans l’œuf toute tentative de protestation. Ce n’est qu’après l’accomplissement des deux premières étapes que l’organisation devait se lancer dans la conquête par les armes, soutenue par des «cellules dormantes» de militants armés.

Ces plans ont été appliqués et Daesh a proclamé en juin 2014 un «califat» islamique dans les territoires qu'il contrôle en Syrie et en Irak.

Un ex-espion de Saddam Hussein devenu l’«éminence grise» de Daesh

Cette tactique serait le fruit du travail de Samir Abd Muhammad al-Khlifawi, ancien colonel ayant servi dans les services secrets de l’armée de l’air de Saddam Hussein. Selon Der Spiegel, celui que l’on surnomme Haji Bakr serait le «plus important stratège» de l’organisation terroriste.

A gauche: Haji Bakr lorsqu'il travaillait pour les renseignements irakiens, sous Saddam Hussein. A droite: Haji Bakr photographie au camp Bucca où il était détenu par les forces américaines. - "Samir al-Khlifawi in the Iraqi military" by Iraqi Government / "Haji Bakr" by U.S Armed forces
 

Selon Der Spiegel, Haji Bakr, qui était membre du conseil militaire de l'EI, a été tué par l'Armée syrienne libre (ASL) à Tal Rifaat, dans le nord de la Syrie, en janvier 2014. Avant sa mort, il avait  eu le temps de renforcer les positions de Daesh en Syrie, permettant aux djihadistes d’envahir une bonne partie du Nord et de l’Ouest de l’Irak.

L’hebdomadaire retrace le parcours de cet officier des services secrets, décrit comme «aigri», au chômage technique après la chute du régime de Saddam Hussein en 2003. Il rencontre alors Abou Moussab Al-Zarqaoui, un ex-dirigeant d'Al-Qaïda tué en 2006, avant de passer deux années derrière les barreaux de la prison d'Abou Ghraib, entre 2006 et 2008.

«Absolument pas islamiste»

En 2010, Haji Bakr complote avec un groupe d'anciens officiers de renseignements irakiens pour placer l'islamiste Abou Bakr al-Baghdadi à la tête de Daesh, soucieux de donner une dimension religieuse à l'organisation.

Deux ans plus tard, il se serait rendu dans le nord de la Syrie pour assister à l’exécution de son plan, mené à bien par un groupe de combattants étrangers venus d’Arabie Saoudite, de Tunisie, d’Europe, d’Ouzbékistan et de Tchétchénie.

Un témoin cité par Der Spiegel décrit Haji Bakr comme «absolument pas islamiste», mais plutôt comme un nationaliste «utilisant la religion comme un moyen». Selon le magazine, le succès de Daesh réside dans la combinaison d’éléments opposés: le fanatisme d'un groupe et les calculs tactiques des autres, Haji Bakr en tête.