Vidéo de Daesh: La mise en scène d’enfants soldats est «un piège médiatique»

TERRORISME En mettant en scène de jeunes «recrues», l'organisation joue la surenchère médiatique selon les spécialistes des mouvements djihadistes...

Laure Cometti

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Capture d'écran d'une vidéo de propagande de l'Etat islamique
Capture d'écran d'une vidéo de propagande de l'Etat islamique — Capture d'écran vidéo

Dans la dernière vidéo d’exécution diffusée ce mardi par l'organisation de l’Etat islamique (EI), le bourreau est un enfant. Un jeune garçon en treillis militaire qui abat un homme présenté comme un Palestinien engagé dans les renseignements israéliens -le Mossad- d'une balle dans la tête. Ce n’est pas la première fois que Daesh met des enfants soldats au cœur de son dispositif de propagande, comme d’autres organisations terroristes auparavant.

Surenchère médiatique

C’est la deuxième vidéo d’exécution par un enfant, et la première en français. A la mi-janvier, l’organisation terroriste avait diffusé une vidéo intitulée «Découverte d'un ennemi intérieur» en anglais, dans laquelle un enfant abattait au pistolet deux prisonniers accusés de travailler pour les renseignements russes.

Les deux vidéos comportent de nombreuses similitudes mais la dernière est plus travaillée, tant sur la forme que sur le fond. Pour Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements djihadistes, ce n’est pas un hasard. «En faisant exécuter par un enfant un homme accusé d’être un espion du Mossad, l’un des services de renseignements les plus puissants du Moyen-Orient, l’organisation de l'Etat islamique a voulu frapper encore plus fort».

En outre, «comme toujours avec Daesh, il y a un message caché, plus important que le discours explicite», analyse-t-il. La vidéo a été publiée la veille du 11 mars, jour du premier assassinat de Mohamed Merah. Trois ans plus tôt, ce dernier faisait sa première victime, le militaire Imad Ibn Ziaten, à Montauban. Dans la vidéo de l'exécution, l’homme qui s'exprime en français à côté de l'enfant pourrait être Sabri Essid, le frère par alliance du tueur au scooter de Toulouse. Quant au garçon, il s'agit de son beau-fils, Rayan, parti en Syrie à l'âge de 11 ans.

 

«La violence n’est jamais gratuite avec Daesh, elle est toujours accompagnée d’un message», insiste Wassim Nasr.

Un «piège pour nous distraire des questions de fond»

«Les djihadistes détournent le trash made in Hollywood contre nous, en utilisant les codes des films d’horreur», estime le spécialiste de la propagande djihadiste Abdelasiem El Difraoui. En utilisant un enfant comme bourreau, l'organisation de l'Etat islamique poursuit cette escalade de la violence qui lui permet «d’occuper toujours plus d’espace médiatique». «Et nous tombons dans ce piège: nous sommes distraits des souffrances réelles des populations en Syrie et en Irak et nous restons dans l’inaction», déplore-t-il.

La construction d’un Etat guerrier

D’autres vidéos diffusées par Daesh montrent des enfants soldats en train de s’entraîner à faire le djihad. Un moyen de dire que «la relève est là et que l’organisation de l'Etat islamique, en construisant une société guerrière, s’inscrit dans un temps long», selon Wassim Nasr. La vidéo montrant deux enfants originaires de Strasbourg évoluant, fusil au bras, dans une rue de Raqqa, en Syrie, avait aussi pour but de véhiculer l’image d’un «semblant de stabilité» selon le journaliste. 

Abdelasiem El Difraoui rappelle que d’autres organisations terroristes ont déjà diffusé des vidéos mettant en scène des enfants soldats, sans la même visibilité que Daesh, dont le dispositif de propagande est plus efficace. La preuve, «cette vidéo d’exécution par un enfant a reçu plus d’attention médiatique que toutes celles sur les enfants soldats dans les conflits en Afrique de l’Est», remarque le docteur en sciences politiques.