Crash d’un avion en Egypte: Pourquoi la piste de Daesh reste crédible, malgré le démenti russe

TERRORISME Ni le Kremlin ni les autorités égyptiennes n’ont intérêt à présenter le crash comme un acte terroriste…

William Molinié

— 

Les équipes de secours sur le site du crash de l'A321 de Metrojet dans le Sinaï égyptien le 31 octobre 2015.
Les équipes de secours sur le site du crash de l'A321 de Metrojet dans le Sinaï égyptien le 31 octobre 2015. — KHALED DESOUKI / AFP

Accident ou attentat ? Le doute subsiste, vingt-quatre heures après le crash d’un avion russe de la compagnie Metrojet dans le sud du Sinaï. La branche égyptienne du groupe Etat islamique affirme être à l’origine du crash qui a fait 224 morts. Ce que les Russes écartent formellement, privilégiant de leur côté la thèse de l’accident mettant en cause la compagnie aérienne et un défaut de maintenance sur l’appareil.

L’avion étant au départ de Charm el-Cheikh et s’étant écrasé sur le territoire égyptien, c’est aux Egyptiens, au regard du droit international, de faire toute la lumière sur les causes du crash. Seulement, leur technicité ne leur permet pas d’exploiter ni d’interpréter les boîtes noires de l’avion. Deux enquêteurs français du bureau enquête et accident (BEA) se sont donc rendus sur place dès ce dimanche avec des ingénieurs Airbus.

Un mensonge qui entacherait la crédibilité de Daesh

En attendant que les boîtes noires parlent, les spécialistes s’interrogent sur la revendication de Daesh. « C’est à tout niveau une surprise. Si c’est vraiment l’Etat islamique, les djihadistes prouveraient qu’ils ont désormais la capacité opérationnelle d’organiser ce type d’actions, alors que la piraterie aérienne était jusqu’à présent l’apanage de Al-Qaida », analyse auprès de 20 Minutes Alain Rodier, directeur adjoint du Centre français de recherche sur le terrorisme (CF2R).

S’il s’avérait que Daesh avait revendiqué un attentat qu’il n’avait pas commis, ce serait là encore une première. Un mensonge inédit qui entacherait durablement sa crédibilité pour les actions à venir.

Kamikaze ou sabotage ?

Mais alors comment l’organisation de l’Etat islamique s’y serait prise pour abattre cet avion ? Techniquement, le groupe ne dispose pas de missile sol-air pouvant atteindre un appareil à 10.000 mètres d’altitude. Les djihadistes ont bien en leur possession des Manpads (acronyme de Man-Portable Air Defense System), un système de défense antiaérienne portatif. Mais ces Manpads ne leur permettent de viser des aéronefs qu’à courte portée.

Autres hypothèses, plus crédibles, celle d’un kamikaze à bord de l’appareil qui aurait pris le contrôle du cockpit, d’une bombe qui aurait explosé en plein vol, ou d’un sabotage sur le tarmac. « L’Etat islamique et Al-Qaida ont pu infiltrer l’aéroport de Charm el-Cheikh. Les contrôles en Egypte sont relativement poreux », ajoute Alain Rodier.

Durée d’exploitation mise en cause

Ce qui est certain, c’est que ni les Egyptiens, ni les Russes, n’ont intérêt à présenter ce crash comme un attentat. Les Egyptiens d’abord parce que Charm el-Cheikh était un des derniers sites touristiques sécurisés du pays. Et les Russes car « la population civile, habituée à la politique du zéro mort, pourrait développer un mouvement de contestation avec des manifestations à Moscou pour demander l’arrêt de l’intervention contre Daesh », poursuit le spécialiste.

A Moscou, les autorités ont déjà écarté la piste terroriste. Le comité d’enquête, proche du Kremlin, a ouvert une enquête pénale à l’encontre de la compagnie, « pour prestation de services ne répondant pas aux exigences de sécurité ». La durée d’exploitation des avions est pointée du doigt. Un projet de loi entend l’abaisser, partant du constat que l’âge moyen des appareils russes est de 21 ans, contre 13 aux Etats-Unis. Une polémique naissante bien éloignée de l’hypothèse terroriste.