Brésil : Six mois après son départ du pouvoir, Jair Bolsonaro joue son avenir politique dans un procès

JUSTICE Le Tribunal électoral supérieur lui reproche de s’en être pris à la justice électorale et d’avoir critiqué la fiabilité du vote électronique, quelques mois avant la présidentielle de 2022

20 Minutes avec AFP
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L'ancien président du Brésil Jair Bolsonaro, à Brasilia le 3 mai 2023.
L'ancien président du Brésil Jair Bolsonaro, à Brasilia le 3 mai 2023. — Eraldo Peres/AP

Jair Bolsonaro va-t-il pouvoir continuer à faire directement de la politique ? Six mois après son départ du pouvoir, l’ancien président du Brésil est jugé à partir de ce jeudi dans un procès qui pourrait lui valoir l’inéligibilité et le priver du scrutin de 2026.

L’ancien chef de l’Etat (2019-2022), qui se dit innocent, sera absent devant le tribunal, car il se rendra à Porto Alegre pour des réunions politiques, a indiqué sa défense. Il est poursuivi par le Tribunal électoral supérieur (TSE) pour s’en être pris à la justice électorale et avoir critiqué, sans preuve, la fiabilité du vote électronique, quelques mois avant les élections remportées par son rival de gauche Luiz Inacio Lula da Silva. Les sept magistrats rendront, l’un après l’autre, leur vote au cours d’une session plénière qui doit s’ouvrir à 09 heures à Brasilia.

Une poursuite pour « abus de pouvoir politique »

Dans un discours en juillet 2022 à la résidence présidentielle de l’Alvorada, et retransmis sur la télévision publique, il avait déclaré devant des diplomates vouloir « corriger des failles » dans le système de vote électronique avec la « participation des forces armées », sans fournir la moindre preuve de ses allégations. Pour ces propos, l’ex-capitaine de l’armée de 68 ans pourrait être déclaré « inéligible » à des mandats publics pendant huit ans. Le parquet le poursuit pour « abus de pouvoir politique et usage indu des moyens de communication ».

Durant toute sa campagne, il avait agité le risque de fraude, attisant la colère de ses partisans les plus radicaux qui, le 8 janvier, quelques jours seulement après l’entrée en fonction de Lula, avaient attaqué les sièges des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire à Brasilia. Des scènes saisissantes qui avaient rappelé l’assaut mené, deux ans auparavant, par des partisans de l’ancien président américain Donald Trump sur le Capitole à Washington.


Délibérations poursuivies les 27 et 29 juin

« Il n’y a eu aucune critique, ni d’attaque contre le système électoral. J’ai fait une présentation sobre sur la façon dont les élections fonctionnent au Brésil », a soutenu Jair Bolsonaro mercredi devant la presse. Sur CNN Brésil, il a donc demandé aux juges de rendre un « jugement juste ». Si le tribunal ne rend pas sa décision dès jeudi, comme cela paraît probable, les délibérations pourront se poursuivre les 27 et 29 juin. Voire au-delà.

Mercredi, Jair Bolsonaro a également dit « ne pas savoir » s’il serait de nouveau candidat à une charge publique, relevant que pour cela il lui faudrait « conserver » ses droits politiques. L’ex-dirigeant n’est d’ailleurs pas au bout de ses tourments judiciaires. Il fait en effet face à une quinzaine de procédures devant le tribunal électoral. Il est aussi ciblé par la Cour suprême dans cinq affaires, notamment pour les attaques du 8 janvier, et encourt des peines de prison.