Afghanistan: Où en est le pays, seize ans après l’intervention occidentale?

CONFLIT La présidence afghane est loin de contrôler l’ensemble du territoire…

Nicolas Raffin

— 

Un agent des forces de sécurité afghanes contrôle un véhicule dans la province de Ghazni, le 22 août 2017.
Un agent des forces de sécurité afghanes contrôle un véhicule dans la province de Ghazni, le 22 août 2017. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Donald Trump a dévoilé sa nouvelle stratégie pour l’Afghanistan.
  • Depuis 2001, les talibans n’ont jamais cessé d’être présents dans le pays.
  • La situation économique et sociale reste catastrophique.

Il ne veut pas créer de « vide » qui profiterait aux « terroristes ». C’est ainsi que Donald Trump a annoncé lundi soir son intention de maintenir une présence américaine en Afghanistan, avec un possible renfort de troupes, alors que la tendance des dernières années était plutôt inverse. Cet énième changement de politique montre toute la complexité d’un pays où les Etats-Unis sont présents depuis 2001.

Si les talibans ont été renversés en quelques semaines, les forces occidentales ne sont jamais parvenues à contrôler totalement l’Afghanistan. La mission de combat de l’Otan (la FIAS), qui a compté jusqu’à 140.000 hommes en 2011, a été dissoute en 2014, remplacée par la mission « Soutien résolu ». Cette dernière est centrée sur la formation et l’encadrement des troupes afghanes et fonctionne avec des effectifs réduits, environ 13.500 militaires d’après un décompte récent de l’Otan.

« Daesh a élargi l’insurrection »

Près de seize ans après les premiers bombardements, le pays ne se porte guère mieux. « La situation militaire n’a cessé de s’aggraver », explique Karim Pakzad, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Afghanistan. « Aujourd’hui, les talibans sont présents dans environ 40 % des districts du pays, et depuis le début de l’année, plus de 2000 soldats de l’armée afghane ont été tués ».

A cela s’ajoute la  présence de Daesh depuis 2014. « A la différence des talibans, issus de l’ethnie Pachtoune, Daesh se revendique comme un mouvement universel, poursuit Karim Pakzad. Ils ont donc élargi la base de l’insurrection à d’autres ethnies présentes en Afghanistan. »

>> Lire aussi: Le nouveau chef de Daesh en Afghanistan tué dans des frappes américaines

Pays sous perfusion

L'« Etat » afghan a donc d’autant plus de mal à contrôler son territoire et n’est lui-même pas exempt de tout reproche, tout comme les Etats-Unis. Un article du Monde publié la semaine dernière détaillait ainsi les dessous d’un vaste trafic d’essence. Le carburant, initialement prévu pour approvisionner des véhicules militaires, était détourné avec la complicité d’Américains, puis écoulé sur le marché noir.

Cela illustre le délabrement économique dans lequel se trouve le pays. «  L’Afghanistan reste un pays agricole, rappelle Karim Pakzad, très dépendant de l’aide extérieure. ». De fait, les pays occidentaux continuent de débourser des milliards d’euros pour maintenir les institutions à flot : en octobre 2016, une conférence internationale a acté le versement de 13,6 milliards d’euros au pays sur la période 2017-2020. Si Donald Trump a fini par céder aux alertes lancées par les généraux, il n’est pas certain que quelques milliers de soldats suffisent à inverser la tendance.