L’industrie du talc finance Daesh et les talibans

INDUSTRIE Le talc est la deuxième source de revenus des talibans après les narcotiques...

C. A.

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Une mine de talc à Luzenac, dans le sud de la France
Une mine de talc à Luzenac, dans le sud de la France — ERIC CABANIS / AFP

Le talc que vous trouvez dans vos cosmétiques et autres produits pour bébés finance-t-il les talibans et les djihadistes de Daesh ? Selon une enquête du Monde, menée à Nangarhar, région afghane frontalière du Pakistan, l’industrie du talc en Afghanistan alimenterait la corruption dans le pays et de financer les terroristes.

Pots-de-vin

Le quotidien se base notamment sur l’exemple de la joint-venture IMI Omar Private Limited, qui possède une usine de tri et de concassage à Karachi, plus grosse ville et capitale économique du Pakistan.

Selon Le Monde, IMI Omar Private Limited, qui exporte une partie du talc vers l’Europe, a versé une somme fixe par chargement de camion au gouverneur de la province de Nangarhar entre 2012 et octobre 2016 en échange de licences d’exploitation de mines de talc. Ces licences prévoyaient l’extraction de 100.000 tonnes de talc, mais c’est en réalité un million de tonnes qui auraient déjà été extraites.

Pour que ce juteux trafic puisse prospérer, des pots-de-vin ont été versés à des fonctionnaires des douanes, du cadastre, de la police, ou encore du ministère des ressources minières.

Une zone hors de contrôle pour l’administration

Les talibans prélèvent ainsi une taxe sur ces camions qui traversent la frontière pakistano-afghane avant que le talc ne soit envoyé en Europe. En 2014, ces « impôts » ont rapporté aux talibans quelque 22 millions de dollars (19,5 millions d’euros) par an. « Les talibans vont parfois visiter les mines, ils essaient d’améliorer les procédés d’extraction », ironise un fonctionnaire du ministère des Ressources minières et pétrolières, cité par Le Monde.

Kaboul avait interdit les exportations de talc il y a deux ans avant de les autoriser de nouveau début 2016. Une interdiction vaine, puisque le commerce n’a jamais cessé. La région échappe à tout contrôle de l’administration du pays, avait reconnu dès fin 2015 Daud Shah Saba, le ministre des ressources minières et pétrolières, quelques mois avant de donner sa démission.