Afghanistan: Les talibans utilisent des esclaves sexuels pour infiltrer et attaquer la police

ESCLAVAGE Les talibans afghans se servent d’une tradition d’esclavage sexuel toujours en vigueur au sein de la police de certaines régions afghanes pour attaquer les autorités…

20 Minutes avec AFP

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Des combattants talibans afghans.
Des combattants talibans afghans. — Uncredited/AP/SIPA

Des policiers accros à leurs esclaves sexuels et ciblés par les Talibans ? Selon des informations de l’AFP, les talibans afghans exploitent une tradition d’esclavage sexuel toujours en vigueur pour envoyer de jeunes garçons infiltrer des postes de police et les attaquer dans le sud du pays. Cette pratique, le « bacha bari », littéralement, « jouer avec les garçons » en dari, l’une des deux langues officielles afghanes, est encore répandue dans certaines régions de l’est, du sud et dans le nord du pays.

Elle consiste à entretenir des garçons prépubères, parfois maquillés et travestis, pour en faire des danseurs et des esclaves sexuels. Ces « garçons imberbes » - « bacha bereesh »- sont considérés comme de véritables trophées pour les commandants de police de la province d’Uruzgan, qui les entretiennent presque jalousement. Conscients de cette faille au sein des forces de police afghanes, les talibans se servent de ces préadolescents désespérés comme de chevaux de Troie pour attaquer des policiers, d’après une information avancée par l’AFP.

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« Les talibans envoient des garçons infiltrer les barrages de police »

Si un porte-parole des talibans joint par l’agence a formellement démenti de telles pratiques, précisant que « nous avons des brigades de moudjahidines pour ce genre d’opérations. Ce sont des hommes adultes avec des barbes », tant le gouvernement afghan que des associations de protection des droits de l’Homme affirment que les talibans font appel à des enfants-soldats.

Plusieurs témoignages d’agents de la police afghane pris au piège et ayant réussi à survivre mettent en lumière ces agressions imprévisibles. « Les talibans envoient des garçons, de beaux garçons, infiltrer les barrages de police pour ensuite empoisonner ou tuer les agents », explique à l’AFP Ghulam Sakhi Rogh Lewanai, ancien chef de la police provinciale jusqu’en avril dernier. « Ils ont découvert la plus grande faiblesse de nos forces de police, le "bacha bazi" », confesse-t-il.

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« Plus facile de traquer les kamikazes »

Le récit de Matiullah, un ancien policier de 21 ans qui a lui-même survécu à une attaque dans laquelle sept de ses collègues ont été tués l’an dernier, va dans le même sens. L’assaillant était un adolescent prénommé Zabihullah, que le chef du poste de police entretenait comme esclave sexuel. Une nuit, Zabihullah a froidement abattu les policiers alors qu’ils étaient assoupis. « Il a ensuite fait entrer les talibans et vérifié avec la crosse de son arme qu’il ne restait aucun survivant. J’ai fait le mort », raconte Matiullah, reconverti comme tailleur.

Pour un responsable provincial ayant souhaité rester anonyme, « il est plus facile de traquer les kamikazes que les attaquants de type "bacha". » Et un commandant d’un barrage près de la capitale provinciale Tarin Kot d’ajouter que « ces attaques font naître une grande méfiance dans les rangs de la police. »

La quasi-totalité des 370 barrages et postes de police d’Uruzgan comptent au moins un jeune esclave sexuel, parfois jusqu’à quatre, qui peuvent aussi à l’occasion porter des armes, ont assuré plusieurs responsables locaux, dont l’ancien chef de la police provinciale.

Les agressions sexuelles à répétition, les abus en tous genres commis par des policiers sur ces jeunes gens précipitent nombre d’adolescents dans les bras des talibans dans le but de se venger. D’autant que ceux qui tentent d’échapper à leurs violeurs se retrouvent souvent accusés, quand ils sont rattrapés, d’être complices des rebelles, ont rapporté deux juges provinciaux à l’AFP.

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Une addiction « pire que l’opium »

« Pour que la sécurité revienne en Uruzgan, il faut commencer par séparer les policiers de leurs "bachas" », lâche un juge à l’AFP. « Mais quand on leur dit de changer leurs habitudes, ils nous répondent : "Si vous me forcez à abandonner mon bacha, j’abandonnerai aussi mon poste". Les talibans ont bien saisi cette addiction, pire que l’opium. »

Les « bacha bazi » suppléent l’absence des femmes, peu visibles dans l’espace public de ce pays conservateur et pallient l’impossibilité parfois de se marier en raison du coût élevé des dots.

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Une enquête commandée par Kaboul

Dans la majeure partie de l’Afghanistan, c’est une pratique souterraine et taboue, mais en Uruzgan c’est un moyen d’accroître son prestige qui n’est en rien assimilé au viol ou à la pédophilie. « La pratique du bacha bazi est une forme d’esclavage sexuel d’enfants. Elle est perçue comme une coutume locale et non comme un crime », confirme Charu Lata Hogg de l’ONG Child Soldiers International, basée à Londres.

L’AFP a eu accès à deux lettres du ministère de la Justice adressées à une agence para-gouvernementale basée à Uruzgan, dans lesquelles Kaboul ordonne, sans succès, d’enquêter sur les agressions sexuelles et les enfants-soldats.

« Nous n’avons pas pu accéder aux postes de police pour enquêter », explique le responsable de cette agence sous couvert de l’anonymat. « Vous croyez que les chefs de police nous laisseront repartir vivants si nous enquêtons sur ces crimes ? », interroge-t-il, laissant entendre que cette pratique sera difficilement endiguée dans cette région de l’Afghanistan.