Les démocrates réintègrent Dieu à leur programme

POLITIQUE Après une polémique nourrie par de nombreux républicains...

Philippe Berry
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Un billet de un dollars, accompagné de la mention «In God we trust» («En Dieu, nous croyons»), devenu le slogan officiel des Etats-Unis en 1956.
Un billet de un dollars, accompagné de la mention «In God we trust» («En Dieu, nous croyons»), devenu le slogan officiel des Etats-Unis en 1956. — 20MINUTES

De notre correspondant

Oh. My. God. Mercredi, en marge de la convention de Charlotte, un débat féroce a éclaté autour de l'abandon de l'adjectif «God-given» («conféré par Dieu») dans la «plateforme» démocrate, un document qui exprime les positions du parti sans avoir la force d'un programme officiel pour un candidat. Après une matinée de cacophonie et de cris effarouchés du parti républicain, les démocrates ont finalement fait marche arrière: Dieu est réintégré au document, ainsi qu'un passage stipulant que Jérusalem est la capitale d'Israël. Le déicide et les dégâts politiques sont évités. Ou pas.

Il a fallu trois tentatives de vote à haute voix pour revenir sur le changement et adopter un nouvel amendement, au grand embarras du maire de Los Angeles, Antonio Villaraigosa. Alors qu'une majorité de 2/3 est nécessaire pour adopter une modification, les «no» font clairement autant de bruit que les «aye».



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Dans la matinée, Mitt Romney était monté au créneau sur Fox News: «Notre document fondateur, la déclaration d'indépendance, fait référence à Dieu. Notre slogan national ''In God we trust'' («En Dieu, nous croyons»), aussi. Cela fait partie de notre héritage.» La candidat va même plus loin, qualifiant la position du parti démocrate «d'extrême».

Pas de Dieu dans la Constitution

Comme le relève le Los Angeles Times, le candidat républicain oublie que Dieu est absent de la Constitution de 1787 (hormis dans la date accompagnant la signature). Le texte fondateur garantit la liberté de religion mais pose les jalons d'une séparation entre l'Eglise et l'Etat sans directement l'exprimer. Présente sur les billets depuis le XIXe siècle, la phrase «In God we trust» n'est, elle, devenue le slogan officiel des Etats-Unis qu'après un vote du Congrès, en 1956.

Les historiens et les experts en droit débattent de chaque mot de la constitution. L'article VI stipule «qu'aucun test religieux ne peut être requis» d'un élu. D'autres documents donnent cependant des indices sur une philosophie des pères fondateurs très influencée par les Lumières.

En 1797, le président John Adams signe le traité de Tripoli assurant «que le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique n'est, en aucune façon, fondé sur la religion chrétienne». En 1802, Thomas Jefferson écrit à une association baptiste. Selon lui, le premier amendement («Aucune loi ne peut conférer un statut institutionnel à une religion») «construit de facto un mur de séparation entre l'Eglise et l'Etat».

76% de chrétiens

Dans les faits, la ligne est largement brouillée. Les conventions républicaines et démocrates commencent et se terminent par une bénédiction religieuse. Elle n'est pas nécessairement chrétienne: des leaders juifs ou encore sikh ont été invités à officier. Les participants peuvent encore se rassembler dans une salle de prière et les discours sont remplis de références à Dieu. Le sénateur républicain Marco Rubio, expliquait par exemple à Tampa, que «la valeur américaine la plus importante est la foi dans notre Créateur».

Ce n'est pas tout. L'allégeance au drapeau parle d'«une nation unie sous l'autorité de Dieu», mais la référence a été ajoutée en 1954. De même, prêter serment sur la Bible n'est pas obligatoire, même si c'est devenu une tradition dans la seconde moitiée du XXe siècle.

Selon une étude de 2008 du Pew Center (PDF), trois Américains sur quatre s'identifient comme chrétien (protestant 51%, catholique 22%, mormon 1,7%). Seuls 16% se disent «sans affiliation religieuse» et moins de 4% se revendiquent athée ou agnostique. Oublier de mentionner Dieu n'était donc pas seulement un blasphème pour les démocrates. C'était surtout un mauvais calcul politique.

Dieu a-t-il sa place dans le discours politique, selon vous?