Vidéo: Au Pakistan, les chrétiens de Gojra toujours traumatisés par les violences

AFP

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Lorsque j'ai appris qu'une chrétienne avait brûlé le Coran dans la capitale, j'ai pensé que les musulmans allaient nous attaquer à nouveau", lance Rafia Margaret, en larmes et toujours les nerfs à vif trois ans après les violences meurtrières à Gojra, sa ville de l'est du Pakistan.
Lorsque j'ai appris qu'une chrétienne avait brûlé le Coran dans la capitale, j'ai pensé que les musulmans allaient nous attaquer à nouveau", lance Rafia Margaret, en larmes et toujours les nerfs à vif trois ans après les violences meurtrières à Gojra, sa ville de l'est du Pakistan. — Arif Ali afp.com

«Lorsque j'ai appris qu'une chrétienne avait brûlé le Coran dans la capitale, j'ai pensé que les musulmans allaient nous attaquer à nouveau», lance Rafia Margaret, en larmes et toujours les nerfs à vif trois ans après les violences meurtrières à Gojra, sa ville de l'est du Pakistan.

 

En 2009, comme pour l'affaire de la petite Rimsha, accusée d'avoir brûlé des extraits du Coran et emprisonnée depuis deux semaines à Islamabad, tout avait commencé par une rumeur de blasphème dans cette cité de la province du Pendjab où cohabitent un demi-million de musulmans et 35.000 chrétiens.

La mystérieuse accusation affirmait qu'une page du Coran avait été déchirée lors d'un mariage chrétien. Dans un pays très majoritairement musulman sunnite, où les violences contre les minorités ne cessent d'augmenter, cela avait suffi à déclencher la furie de jeunes musulmans radicaux, qui ont incendié 77 maisons de chrétiens, selon ces derniers. Sept chrétiens avaient péri, brûlés vifs.

Compensations financières et impunité

Ces souvenirs ont resurgi à la mi-août, lorsqu'à 350 km au nord, dans la périphérie d'Islamabad, Rimsha, une chrétienne d'environ 14 ans, a été accusée de blasphème et arrêtée. «J'avais peur que des gens attaquent à nouveau notre maison et notre quartier pour se venger», frémit Rafia Margaret. Insulter le prophète Mahomet est passible de la peine de mort et profaner le Coran de la prison à vie, selon la loi sur le blasphème en vigueur au Pakistan.

Le gouverneur de la province du Pendjab, Salman Taseer, et le ministre des minorités Shahbaz Bhatti, ont payé de leur vie l'an dernier leurs appels à réformer cette loi. Les libéraux la jugent instrumentalisée, certains pouvant faire de fausses accusations pour régler des conflits personnels ou fonciers.

Etrange retour à la vie

Confinés au bas de l'échelle sociale, comme la plupart des chrétiens du pays, ceux de Gojra continuent comme avant à nettoyer les rues et maisons ou à travailler aux champs. Mais la peur née il y a trois ans ne les a pas quittés. Dans le quartier de Korian, de nouvelles maisons en brique rouge et aux murs fraîchement peints ont remplacé les masures incendiées. Une seule maison n'a pas été reconstruite, celle d'Almas Hameed, qui a perdu sept proches dans les violences et a quitté le pays avec le reste de sa famille. Il a depuis trouvé refuge aux Etats-Unis.

Des compensations d'un demi-million de roupies (4.250 euros) ont été versées aux familles des chrétiens tués et de 100.000 roupies (850 euros) à ceux qui ont perdu leur maison, mais les meurtriers circulent encore dans la ville en toute impunité.