Syrie: Le Liban redoute l'effet domino

SYRIE L'accélération de la guerre civile en Syrie inquiète le Liban...

David Hury

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Un soldat libanais patrouille dans les rues de Tripoli, au Liban, le 23 août 2012.
Un soldat libanais patrouille dans les rues de Tripoli, au Liban, le 23 août 2012. — SIPA/AP Photo/Hussein Malla

De notre correspondant à Beyrouth

«Avec ce qui se passe en Syrie depuis 18 mois, je suis étonné que le Liban n’ait pas sombré plus vite», remarquait lundi matin Fawzi, en train de boire son café amer sur le front de mer de Beyrouth. L’accélération de la guerre civile en Syrie inquiète tout le monde au Liban: le gouvernement, la population, les chancelleries occidentales... Quelque 150.000 Syriens ont déjà trouvé refuge chez le petit voisin, principalement dans la plaine de la Bekaa limitrophe entre les deux pays et dans le nord.

Au nord justement, dans la grande ville sunnite de Tripoli, la tension ne retombe pas depuis le printemps dernier. Les habitants de deux quartiers – l’un sunnite, l’autre alaouite (la communauté dont est issu le président syrien Bachar el-Assad) – sortent régulièrement l’artillerie, à coup de RPG et de Kalachnikov. Vendredi dernier, toujours dans le nord près de la frontière, le village de Minjez a reçu 25 obus tirés depuis la Syrie.

Silence du côté du Hezbollah

Et la panoplie d’épisodes sécuritaires est large. Il y a trois semaines, un député pro-syrien, Michel Samaha, a été arrêté à son retour de Syrie, des explosifs plein le coffre de sa Mercedes. Il y a deux semaines, des chiites cagoulés et armés – excédés par le rapt de 12 pèlerins libanais en mai dernier par les rebelles syriens – ont pris d’assaut les rues de la banlieue sud de Beyrouth, pour kidnapper des ressortissants syriens, en vue d’un échange.

L’incertitude sur le futur proche en Syrie fait grincer des dents au Liban. Le Hezbollah – allié du régime Assad – observe depuis des mois un mutisme qui en dit long, ayant peur de se laisser embarquer dans un conflit sunnite-chiite. Les coupures de courant sont de plus en plus drastiques, dans l’ensemble du pays. Et l’économie libanaise est au bout du rouleau, n’ayant pas pu compter cette année encore sur les touristes étrangers.

Mais depuis hier, la crise politique, sécuritaire et économique a été balayée par un nouveau sujet de discussion. Retour au café. Fawzi tire une cigarette de son paquet: «Vous voyez cette cigarette? Ou même le narguilé? Et bien notre cher gouvernement n’a rien trouvé de mieux que de nous l’interdire dans les restaurants et les cafés! Que va-t-il nous rester maintenant?»