Ukraine: La condamnation définitive de Ioulia Timochenko déçoit l'UE et les Etats-Unis

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La cour de cassation ukrainienne a confirmé mercredi la condamnation à sept ans de prison pour abus de pouvoir de l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko, suscitant la déception de la part de l'Union européenne, du Conseil de l'Europe et des Etats-Unis, après l'issue de cet ultime recours en Ukraine.
La cour de cassation ukrainienne a confirmé mercredi la condamnation à sept ans de prison pour abus de pouvoir de l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko, suscitant la déception de la part de l'Union européenne, du Conseil de l'Europe et des Etats-Unis, après l'issue de cet ultime recours en Ukraine. — Sergei Supinsky afp.com

La cour de cassation ukrainienne a confirmé ce mercredi la condamnation à sept ans de prison pour abus de pouvoir de l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko, suscitant la déception de la part de l'Union européenne, du Conseil de l'Europe et des Etats-Unis, après l'issue de cet ultime recours en Ukraine.

«Le collège des juges est arrivé à la conclusion que le pourvoi en cassation de Timochenko ne peut être satisfait», a déclaré le président de la haute juridiction, Oleksandr Elfimov, rejetant ainsi le pourvoi de l'opposante incarcérée depuis un an. Ioulia Timochenko avait été condamnée en octobre dernier à sept ans de prison pour abus de pouvoir dans la signature d'un contrat gazier avec la Russie jugé désavantageux pour le pays du temps où elle était chef du gouvernement.

Grave crise entre l'Ukraine et l'Occident

Cette affaire a provoqué une grave crise dans les relations entre Kiev et l'Occident, qui dénonce l'arrière-plan politique de l'affaire et réclame la libération de l'opposante, empêchée de se présenter aux législatives du 28 octobre. L'Union européenne est «profondément déçue des conséquences de la situation actuelle» en Ukraine où d'importantes figures de l'opposition sont «empêchées de se présenter aux élections parlementaires à la suite de procès qui n'ont pas respecté les normes internationales en matière de procédures équitables, transparentes et indépendantes», a déclaré le porte-parole chargé des Affaires étrangères de l'UE, Michael Mann.

L'UE exhorte «les autorités ukrainiennes à prendre des mesures concrètes» pour «s'attaquer aux effets de la justice sélective, y compris dans les cas de Mme Timochenko, de (l'ex-ministre de l'Intérieur, Iouri) Loutsenko et d'autres», a souligné Michael Mann. Des réactions similaires sont venues de la part du Conseil de l'Europe et des Etats-Unis.

«Nous sommes déçus par cette décision»

«Nous sommes déçus par cette décision», a déclaré la porte-parole du département d'Etat américain Victoria Nuland, rappelant que Washington avait «exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes» au sujet de poursuites judiciaires à «motivations politiques». Victoria Nuland a redit que les Etats-Unis «exhortait de nouveau l'Ukraine à libérer Ioulia Timochenko et les autres membres de (l'ancien) gouvernement et à rétablir leurs pleins droits civils et politiques».

Le Conseil de l'Europe, par la voix du Président de son Assemblée parlementaire (ACPE), le député français Jean-Claude Mignon, et les rapporteures sur l'Ukraine de l'APCE, l'Estonienne Mailis Reps et la Suédoise Marietta de Pourbaix-Lundin, ont fait part de leur «consternation» et «vivement déploré» cette condamnation.

Les trois parlementaires ont «rappelé que le Président Ianoukovitch avait indiqué clairement (...) qu'il se tenait prêt à intervenir dans cette affaire si l'appel de Ioulia Timochenko était rejeté par la Cour de cassation» et demandent «par conséquent de tenir parole au plus tôt afin de trouver une solution à la situation des anciens membres du gouvernement (ukrainien) emprisonnés». «Il ne faudrait pas laisser ces affaires peser sur les prochaines élections» législatives du 28 octobre en Ukraine, ont-ils conclu.

Boycott de l'Euro

Pour protester contre le maintien en détention de Ioulia Timochenko, plusieurs gouvernements européens, notamment français, britannique et allemand, avaient refusé d'envoyer des représentants aux matches de football de leurs équipes en Ukraine, à l'Euro-2012 co-organisé en juin-juillet avec la Pologne.

Ioulia Timochenko conteste le jugement qu'elle a toujours dénoncé comme une vengeance politique du président Viktor Ianoukovitch, élu en 2010, tandis que ce dernier nie toute implication et fait valoir l'indépendance de la justice. L'un des avocats de l'opposante, Sergui Vlassenko, a qualifié de «honteux» l'arrêt rendu par la cour de cassation.

«Ce n'est pas une décision de justice»

«Ce n'est pas une décision de justice mais une décision de Ianoukovitch pour maintenir en détention sa principale opposante politique», a déclaré l'avocat à l'issue de l'audience. Après avoir épuisé tous les recours en Ukraine, Ioulia Timochenko espère désormais une décision positive de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) qui a entamé mardi l'examen de l'affaire et se prononcera ultérieurement.

La fille de Ioulia Timochenko, Evguenia, a déclaré mercredi que des éléments complémentaires seraient envoyés à la CEDH à Strasbourg (France). «Nous poursuivons la lutte. Nous allons chercher à obtenir justice auprès de cette instance, car ce n'est pas possible devant les juridictions ukrainiennes», a-t-elle ajouté.

Nouvelle manifestation ce mercredi

Souffrant de hernies discales, Ioulia Timochenko avait été transférée en mai de sa prison à Kharkiv (est) dans une clinique publique. Depuis sa mise en détention il y a un an, des sympathisants de Ioulia Timochenko ont multiplié les manifestations, aussi bien devant le palais de justice que devant la prison où elle purge sa peine.

Mercredi, une centaine d'opposants pro-Timochenko ont manifesté devant le bâtiment de la cour de cassation à Kiev, exhibant des pancartes «Libérez Ioulia!» et appelant à «la fin de la répression politique». L'opposante est par ailleurs poursuivie pour fraude fiscale et détournements de fonds, accusations qu'elle nie en bloc, dans un autre procès dont les faits remontent aux années 1990.