L'ex-femme de Marc Dutroux libérée

BELGIQUE L'arrivée de Michelle Martin dans un couvent près de Namur crée un début de psychose...

A Malonne (Belgique), Vincent Vantighem

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Le monastère des sœurs clarisses qui doit l'accueillir.Au pied du couvent, l'hommage des habitants aux victimes.Michelle Martin, lors de son procès en 2004.
Le monastère des sœurs clarisses qui doit l'accueillir.Au pied du couvent, l'hommage des habitants aux victimes.Michelle Martin, lors de son procès en 2004. — POLLET/SIPA

C'est une rue qui se termine en cul-de-sac. Une véritable impasse pour les autorités belges. La petite route des monastères de Malonne n'a pas attendu, mardi, la décision de la Cour de cassation belge pour devenir le théâtre d'incessants va-et-vient.

Tout a commencé à la fin juillet quand les onze sœurs du couvent des clarisses, au bout de la voie, ont annoncé avoir accepté de recueillir Michelle Martin. Sitôt éventée, leur décision a d'abord suscité la colère des habitants de cette petite bourgade proche de Namur. L'épais mur d'enceinte du couvent a été couvert de tags, les sœurs ont reçu des menaces et la police fédérale a été appelée en renforts. «On ne comprend pas, résume Ginette qui tient une friterie un peu plus bas. Cette dame a fait tellement de mal. Et elle n'a jamais exprimé le moindre remords…» A 51 ans, cette petite dame a donc manifesté pour la première fois de sa vie avec d'autres riverains.

Des ballons blancs ont été lâchés. Les photos de Julie et Mélissa – mortes de faim et de soif en 1996 dans la cave de leurs bourreaux à 60 kilomètres de là – ont été déposées devant le couvent. Sans effet. «C'est une décision de justice, réagit Paul, un voisin. Il faut l'accepter. Mais je suis l'un des seuls à penser ça…» Car, pour les autres, la colère s'est peu à peu muée en peur. Les sœurs clarisses ont beau assurer que Michelle Martin « a évolué», personne n'a vraiment envie de les croire.

«Un vrai garde-manger pour pédophiles»

«Il a fait très chaud ces derniers temps, Mais j'ai préféré garder les fenêtres fermées, avoue ainsi Priscilla, une jeune maman qui vit en face du couvent. Je ne suis plus tranquille maintenant.» Dans la rue principale, Malonne aligne cinq écoles primaires sur 500m. «Un vrai garde-manger pour pédophiles», ose Antoine. Institutrice dans l'une de ces écoles, Muriel, sa compagne, a donc organisé la première manifestation anti-Martin. «La psychose est en train de s'installer, confie-t-elle. A l'école, les parents sont déjà venus nous voir pour exiger que l'on pose des verrous sur la grille…»

Si l'ex-femme de Marc Dutroux a désormais la possibilité de circuler, elle ne devrait toutefois pas sortir du couvent. Selon son avocat, elle va se consacrer à la préparation de colis humanitaires. « Mais elle ne restera pas enfermée éternellement, pense Marine, une étudiante. Que se passera-t-il le jour où elle se promènera dans le village?»

La colère et les manifestations des familles de victimes n'auront rien changé. La Cour de cassation belge a validé, mardi, la libération sous conditions de Michelle Martin. Condamnée à trente ans de prison, l'ex-épouse et complice de Marc Dutroux, a passé seize ans derrière les barreaux. Libérable immédiatement, elle doit trouver refuge au couvent des sœurs clarisses, dans la petite bourgade de Malonne (Belgique). Quatre policiers seront affectés en permanence à la sécurité du site.