Attaque israélienne en Iran: «La classe politique israélienne en fait des tonnes avant les élections américaines»

INTERVIEW Thierry Coville, chercheur à l’Iris, ne croit pas à une prochaine intervention d’Israël en Iran…

Propos recueillis par G.W.

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Des étudiants iraniens manifestent pour soutenir le programme nucléaire iranien et protester contre les mises en garde américaines et israéliennes, le 15 novembre 2011 à Isfahan (Iran).
Des étudiants iraniens manifestent pour soutenir le programme nucléaire iranien et protester contre les mises en garde américaines et israéliennes, le 15 novembre 2011 à Isfahan (Iran). — STR / AFP

Le duel à distance continue entre l’Iran et Israël autour du programme nucléaire iranien. Ce mardi, le président Mahmoud Ahmadinejad a assisté à une présentation militaire où six nouveaux types d’armes et de missiles ont été dévoilés.

Un arsenal à vocation purement défensive, affirment les autorités iraniennes, tandis que les responsables politiques israéliens évoquent ouvertement l’idée d’une frappe militaire préventive pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. Celle-ci a pourtant peu de chances d’advenir, selon Thierry Coville, professeur à l’école Novancia et chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Pourquoi cette nouvelle présentation militaire en Iran? Est-ce une provocation à l’égard d’Israël?

Pas vraiment, on imagine mal comment l’Iran pourrait agir autrement. Enserrés entre les Etats-Unis présents en Irak et en Afghanistan, et Israël qui demande ouvertement une frappe et s’y prépare, la réaction iranienne est logique. C’est juste une façon de dire à la population: «On est prêts à se défendre.» Ce qui serait surprenant, c’est que l’Iran ne fasse rien.

Mais l’Iran refuse de faire visiter ses sites nucléaires…

Ce n’est pas tout à fait vrai. En juin dernier, lors des discussions de Moscou, l’Iran a demandé que son droit à enrichir de l’uranium soit reconnu. Mais il s’est déclaré prêt à discuter de la visite possible de ses sites militaires. Les discussions n’ont pas abouti. Ce qui arrange bien les Etats-Unis. A quelques mois de la présidentielle, Barack Obama n’a pas envie de conclure un accord avec l’Iran: on le taxerait de faiblesse. Mais il ne veut surtout pas d’une guerre. Il préfère jouer la carte des sanctions diplomatiques, tout en gardant l’option militaire sur la table.

Israël peut-il vraiment lancer une opération préventive en Iran?

C’est beaucoup de communication. Depuis le début, Israël tient le même discours: «Retenez-moi ou je fais un malheur.» C’est une façon de dire à la communauté internationale: «Occupez-vous vous-même du problème, sinon nous interviendrons.» La classe politique israélienne en fait des tonnes avant les élections américaines, pour obtenir le maximum de garanties de l’administration Obama. D’ailleurs, il y a un abîme entre les politiciens et les militaires israéliens. Un chef de l’armée a déclaré récemment qu’il ne croyait pas du tout que l’Iran cherche à obtenir l’arme nucléaire. (C’est aussi ce qu’affirme un récent rapport des services secrets américains, ndlr)

La priorité américaine n’est-elle pas en Syrie, où Barack Obama n’exclut plus une intervention militaire?

Les deux questions sont liées. Avec le Liban, l’Iran est le seul régime du monde arabe qui soutient Bachar al-Assad. Le Qatar et l’Arabie Saoudite aident beaucoup l’opposition syrienne, car ils souhaiteraient voir à Damas un régime plus proche des sunnites.