Syrie: Rencontre avec les combattants de l'armée syrienne libre

INTERVIEW Des chercheurs ont passé quinze jours à A'zaz, petite ville près de la frontière turque...

Hélène Colau

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Des membres de l'armée syrienne libre (ASL) patrouillent dans le quartier de Salahedinne, à Alep, le 1er août 2012.
Des membres de l'armée syrienne libre (ASL) patrouillent dans le quartier de Salahedinne, à Alep, le 1er août 2012. — REUTERS/Abdel Razzak al-Halabi

En juillet et août, cinq Rennais dont trois chercheurs spécialisés dans les mouvements sociaux sont allés passer deux semaines en Syrie. Leur objectif: interroger des réfugiés, mais aussi comprendre comment on passe de la simple manifestation à la lutte armée. De retour de leur séjour en immersion dans l’armée syrienne libre, la principale force armée opposée au régime de Bachar al-Assad, Romain Huët, maître de conférences en sciences de la communication à l’université de Rennes II, Soraya El Kahlaoui, doctorante en sociologie à l’EHESS, Géraldine Jenvrin, doctorante en études arabes, Mariam Chabraoui, ingénieur informatique et Yahya Chamali, ingénieur télécom, racontent leur expérience.

Comment avez-vous préparé votre voyage?

On a pris des billets pour la Turquie et on est allés à Kilis, à la frontière syrienne. Là, on a fait des allers-retours vers A’zaz, une ville libérée seulement quelques jours auparavant. Les douaniers nous ont dit qu’on était les premiers à passer la frontière depuis la libération! Des associations nous ont aidés, en nous indiquant des relais sur place. Pour ce qui est de notre sécurité, on n’était pas vraiment préparés. Comme le risque zéro n’existe pas, il  faut un peu d’insouciance, sinon on ne fait rien. Mais on était toujours sous la protection de l’armée libre et on n’est pas allés dans des zones contrôlées par l’armée de Bachar al-Assad.

Qui sont les combattants de l’armée libre?

En France, on dit qu’elle comprend beaucoup de membres d’al-Qaida, mais on n’a pas vu de combattants étrangers parmi les 200 à 300 personnes rencontrées. Ce sont des hommes jeunes, entre 16 et 35 ans, avec un équipement militaire ridicule composé de vieilles mitraillettes récupérées au combat. Les profils sont très variés: ça va de l’étudiant en géographie qui n’a jamais porté une arme de sa vie à l’ancien transporteur de marchandises… Seuls 30 à 40% d’entre eux sont des militaires. Souvent, ils n’ont pas de passé militant car il n’y avait pas d'opposition légale affirmée sur la scène politique et reconnue par le pouvoir sous Bachar al-Assad. Mais beaucoup ont eu un membre de leur famille qui a été emprisonné ou torturé sous ce régime.

Quels sont leurs espoirs pour la Syrie?

Ils n’ont aucune idée commune si ce n’est de lutter contre Bachar al-Assad et donc il n’existe pas de consensus sur l’avenir de la Syrie. Mais ils font preuve d’un optimisme radical : on n’a pas vu un signe de résignation ni de lassitude chez eux. Ils  n’imaginent pas abandonner le combat avant la victoire, notamment parce que toute leur vie tourne autour de ce combat depuis un an et demi. La question est de savoir ce qu’il se passera quand les intellectuels et les dirigeants politiques qui ont quitté le pays reviendront. Ceux qui se battent en ce moment, issus de classes modestes, demandent leur retour pour qu’ils les aident à reconstruire la Syrie. 

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