« C'est déchirant de laisser ses proches là-bas »

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Un premier groupe de rapatriés français, environ 450 sur les 750 évacués par ferry vers Chypre lundi soir, est arrivé à Paris par avion mardi soir. En tout, quelque 8.000 ressortissants français ont demandé à quitter le Liban.
Un premier groupe de rapatriés français, environ 450 sur les 750 évacués par ferry vers Chypre lundi soir, est arrivé à Paris par avion mardi soir. En tout, quelque 8.000 ressortissants français ont demandé à quitter le Liban. — Eric Feferberg AFP

Cela aura pris un peu plus de temps que prévu, mais ils ont fini par arriver. Les premiers rapatriés français du Liban ont débarqué hier soir à Roissy à 19 h 30, avec plus d'une heure de retard, en présence de Philippe Douste-Blazy. Des applaudissements accueillent les premiers à sortir, dans la joie et les larmes. De nombreux rapatriés ont souligné la « bonne organisation » de ce retour par la France. A Roissy, Camelia, 18 ans, attend son petit frère et sa soeur, partis en vacances dans leur famille à Beyrouth. « C'est un soulagement de les savoir de retour, j'ai eu très peur, confie-t-elle. Je pense à ma famille paternelle restée là-bas. Ils ne peuvent rien faire, sinon attendre chez eux. Les bombardements israéliens ont tout détruit... On se sent impuissant. »

Sonia et Alexandre, 30 ans, étaient dans l'avion qui les a ramenés de Beyrouth à Paris via Chypre. Ils étaient partis pour un mariage d'amis franco-libanais. Trois heures après leur arrivée à Beyrouth, le marié leur a téléphoné pour leur apprendre la nouvelle : l'aéroport venait d'être bombardé. « Sur le coup, on n'a pas réalisé, raconte Sonia. On a surtout pensé aux mariés. » La noce a quand même eu lieu, sur fond de bombardements. Aujourd'hui, ils pensent surtout au jeune couple, revenu avec les 497 personnes à bord du Boeing 747 affrété par la France, et à la famille du marié. « C'était déchirant de les laisser là-bas. Nous, on a eu de la chance et, de toute façon, on devait revenir. Mais eux, leur pays est détruit », explique Alexandre.

Beaucoup soulignent la « surprise » qui fut la leur quand ils ont appris que le Hezbollah avait enlevé des militaires israéliens. « On s'est dit “mince alors”, ce n'était vraiment pas le moment, lâche Randa, une Franco-Libanaise revenue avec sa fille. C'est la saison où les Libanais qui vivent à l'étranger viennent voir leurs proches, et c'est aussi mauvais pour le tourisme. » Quand les Israéliens ont bombardé le quartier où elles s'étaient réfugiées chez une tante, elles se sont enfuies dans la montagne. Pendant ce temps-là, Hélène, une Française venue en vacances en famille à Beyrouth, expliquait à ses petites jumelles de 3 ans et à son fils de 5 ans qu'il y avait « beaucoup de pétards et d'orages ».

La première vague de rapatriements concernait les populations « prioritaires » (femmes, enfants, personnes malades ou handicapées), même si, selon l'une des Françaises passagères du vol, « il y avait de tout, finalement ». A peine atterri, l'avion doit redécoller vers Chypre pour ramener les quelque 300 rapatriés restés sur l'île. Mais d'autres rotations seront encore nécessaires, car les trois ferrys prévus au total pour faire la navette Beyrouth- Larnaca, à Chypre, ne suffiront pas à ramener les 8 000 Français qui ont déposé une demande de rapatriement. Même si, selon une source diplomatique, « ce chiffre est à prendre avec prudence. Il ne prend pas forcément en compte ceux qui ont déjà été rapatriés ou ceux qui sont partis du Liban par leurs propres moyens ». Si besoin est, précise-t-on de même source, « d'autres navettes seront organisées pour s'adapter aux demandes ».

Faustine Vincent