Présidentielle américaine: Paul Ryan, les yeux revolver

PORTRAIT Au nom de la discipline budgétaire, le colistier de Mitt Romney veut flinguer les dépenses de l'Etat providence...

Philippe Berry
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Le républicain Paul Ryan, colistier du candidat Mitt Romney, veut faire du déficit et de la dette le point central de l'élection face à Barack Obama.
Le républicain Paul Ryan, colistier du candidat Mitt Romney, veut faire du déficit et de la dette le point central de l'élection face à Barack Obama. — DR

De notre correspondant à Los Angeles

Paul Ryan amène enfin un peu de piment à une campagne où chaque camp essayait surtout de ne pas perdre. En choisissant un colistier ultra-conservateur, Mitt Romney tente un coup de poker, comme l'avait fait John McCain il y a quatre ans. A une différence près: Paul Ryan n'est pas Sarah Palin.

A 42 ans, Ryan roule sa bosse en politique depuis une vingtaine d'années. Elu au Congrès comme représentant du Wisconsin à seulement 28 ans, il enchaîne sept mandats successifs et gravit un à un les échelons du pouvoir au sein du parti républicain.

Pour une fiscalité «saine»

Avec son compère Eric Cantor, Paul Ryan fonde d'abord ce groupe autoproclamé des «Young Guns» («Jeunes Flingues») du GOP (parti républicain). Alors qu'ils prônent une réduction drastique des dépenses, ils subissent huit ans du «conservatisme compassionnel» et de l'interventionnisme militaire de George Bush. Les déficits se creusent, la dette explose. Ryan attend son heure.

Elle vient avec la vague démocrate qui déferle sur Washington en 2008. Alors qu'Obama mise sur les dépenses pour stimuler la croissance et sortir de la récession, Paul Ryan riposte avec un projet de budget, ceinture serrée, baptisé «Le chemin vers la prospérité». Il propose un remède de cheval: une privatisation partielle de Medicare, le programme d'assurance santé des séniors, et des coupes massives dans les programmes sociaux destinés aux plus démunis et aux retraités. Selon lui, il s'agit de restaurer un budget «sain» ouvrant la voie à des réductions d'impôts chargées de relancer l'emploi.

Il affine sa proposition en 2011 et parvient à faire voter le texte par la Chambre contrôlée par les républicains. Le Sénat, à la majorité démocrate, bloque l'initiative. Paul Ryan, très apprécié du Tea Party, réussit cependant son coup: il a déplacé le centre de gravité de son parti vers la droite. Si Mitt Romney a depuis pris ses distances avec les points les plus polémiques du projet, il en a salué «les nombreuses bonnes idées».

Un intello articulé

Pendant ses jeunes années, Ryan ne jure que par la romancière et philosophe Ayn Rand, séduit par sa défense de l'individu et du succès face à la masse et aux chaînes de l'appareil étatique. Selon le portrait dressé par le New Yorker, il obligeait même chaque membre de son staff à lire Atlas Shrugged (La Grève). Récemment, il a a coupé le cordon avec l'objectivisme de Rand, dénonçant une «philosophie athée». Ce père de trois enfants, qui vit toujours dans sa ville natale, se réclame désormais du religieux Thomas d'Aquin et met en avant ses valeurs catholiques. Avec Romney le mormon, le ticket républicain ne peut pas se permettre de faire fuir l'électorat évangélique (protestant, ndr).

Celui qui démarre chaque journée par une séance de fitness commando (son père et son grand-père sont morts avant 60 ans d'une crise cardiaque) n'est pas un simple idéologue. Il est capable d'articuler clairement sa pensée et ses applications concrètes, comme lorsqu'il démonte point par point la réforme de la santé d'Obama, en six minutes.

Officiellement, les démocrates se frottent les mains. L'économiste libéral Paul Krugman a tiré le premier scud, jurant que «le budget de Paul Ryan ferait mourir des gens». Des spots et des emails de campagne inondent déjà le Net avec le but à peine caché de faire peur aux femmes (Ryan est contre l'avortement) et aux séniors de Floride et de l'Ohio. Selon le stratégiste républicain Patrick Dorinson, il ne s'agit pourtant que d'un bravado de façade. «Les démocrates devraient en avoir peur», confie-il à 20 Minutes. Le match est lancé.

Le coup de poker de Romney peut-il marcher? Paul Ryan fera-t-il, comme Sarah Palin, peur aux indépendants? Donnez-nous votre avis ci-dessous.

«Hey, Girl, it's Paul Ryan»

Ses yeux bleus, ses abdos et son 1m88 ne laissent pas indifférents. Le tumblr «HeyGirlItsPaulRyan» , inspiré par celui sur Ryan Gosling, est une pépite de Web culture.