Le «silence assourdissant» d'Obama et de Romney sur le contrôle des armes à feu

ETATS-UNIS Malgré deux tueries en moins de trois semaines, le président et son adversaire évitent soigneusement d'évoquer un renforcement des lois existantes...

Philippe Berry

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Deux pistolets Glock 26 lors présentés à un salon consacré aux armes à feu à Las Vegas, en 2011.
Deux pistolets Glock 26 lors présentés à un salon consacré aux armes à feu à Las Vegas, en 2011. — J.JACOBSON/AP/SIPA

De notre correspondant à Los Angeles

19 personnes ont perdu la vie dans les massacres d'Aurora et dans le temple sikh d'Oak Creek. Acte d'un probable déséquilibré pour le premier et d'un vétéran proche des milieux white supremacist pour le second, les deux tueries ont un point commun: elles ont été commises avec des armes à feu. Du côté de Barack Obama et de Mitt Romney, c'est silence radio. Et ça ne devrait pas changer d'ici l'élection du 6 novembre.

 

Certains sont montés au créneau. Le maire de New York, étiqueté indépendant et favorable à des lois plus restrictives, a dénoncé «le silence assourdissant» d'Obama et de Romney. «Ces deux candidats à la présidentielle n'ont pas présenté de plans pour s'assurer que des armes à feu ne se retrouvent pas entre les mains de personnes dangereuses. Le fait que les criminels, terroristes et individus mentalement déficients aient accès à des armes à feu constitue une crise nationale», attaque Michael Bloomberg.

 

Protéger le Second amendement

«Le président pense que nous devons prendre des mesures de bon sens pour protéger le Second amendement (qui autorise les citoyens à posséder une arme à feu, ndr) tout en s'assurant que ceux qui ne devraient pas avoir d'armes à feu selon les lois existantes n'en obtiennent pas», expliquait le porte-parole de Barack Obama, Jay Carney, au lendemain de la tuerie d'Aurora.

 

De fait, si le président répète occasionnellement qu'un «AK47 n'a rien à faire dans les mains d'un citoyen ordinaire», il a pris soin de ne pas fournir de cartouches aux lobbies des armes pendant son mandat. Le Washington Post rappelle que le président n'a même pas essayé de convaincre le Congrès de remettre sur le tapis une loi voté sous Bill Clinton interdisant la vente d'armes semi-automatiques. Oubliée, également, la promesse de campagne d'encadrer plus étroitement les ventes lors des «gun shows» (salons consacrés aux armes).

 

Romney, de son côté, a renforcé la législation dans le Massachusetts lorsqu'il était gouverneur. Mais depuis qu'il est candidat, il s'est transformé en parfait petit soldat, jurant encore lundi qu'il était un «fervent défenseur» du 2nd amendement. Considéré comme trop modéré par la base républicaine, il a redoublé ses efforts pour se forger une image plus conservatrice.

 

Un pari politique trop dangereux

L'opinion publique américaine est divisée sur la question. Dans les années 90, au pic des violences urbaines, 78% étaient favorables à des lois plus strictes. Le soutient s'est effrité pour atteindre le cap des 50/50 au moment de l'élection d'Obama. Le lobby des armes, la NRA (National Rifle Association), avait en effet surfé avec succès sur la sortie du candidat sur les Américains «qui se raccrochent à leur religion et à leurs armes». Au lendemain d'Aurora, les pro-armes étaient 4% de plus que les pro-contrôle, selon une étude de Gallup.

 

Aux Etats-Unis, le nombre d'homicides par arme à feu reste problématique, à près de 10.000 par an. C'est, par habitant, entre 10 et 20 fois plus que dans les pays d'Europe occidentale, selon des chiffres des Nations Unies collectés entre 2007 et 2010. Selon plusieurs études, on compte à peu près autant d'armes à feu en circulation que d'Américains, une proportion entre trois et quatre fois plus élevée que dans le reste du monde. Ce qui explique en partie qu'aucun candidat n'ait envie de jouer les shérifs.