Igor Setchine, l'homme du Kremlin qui fait la fortune de Rosneft

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En deux ans à la tête du conseil d'administration du pétrolier russe Rosneft, Igor Setchine, homme clé du Kremlin, a permis à ce groupe public en passe d'entrer en Bourse de connaître un développement accéléré.
L'introduction en Bourse de Rosneft à Moscou et Londres, annoncée comme la plus importante opération de ce genre jamais réalisée par un groupe russe, est prévue dans la deuxième quinzaine de juillet.
Mais le chef adjoint de l'administration présidentielle, âgé de 45 ans, n'a fait aucune apparition publique pour aller proposer les actions de son groupe aux investisseurs internationaux.
Depuis 2004 et son élection à la tête de Rosneft, Igor Setchine oeuvre dans les coulisses pour le renforcement du rôle de l'Etat dans le secteur pétrolier.
Il est considéré par les analystes comme le principal instigateur de l'affaire Ioukos, qui, en neutralisant un opposant politique potentiel, le patron du groupe Mikhaïl Khodorkovski, a aussi permis le retour dans le giron de l'Etat d'actifs pétroliers juteux.
Longtemps déficitaire, Rosneft est devenu le deuxième producteur russe de brut cette année après avoir acquis fin 2004 Iouganskneftegaz, la principale filiale de Ioukos soldée par la justice. Il est donné également comme un très probable repreneur des derniers actifs de l'ex-numéro un du pétrole russe en faillite.
Membre du clan des "siloviki" (responsables influents de l'armée, de la police et des services secrets), il a pu s'appuyer sur l'ex-procureur général de Russie Vladimir Oustinov qui a orchestré contre Ioukos et ses propriétaires une campagne judiciaire sans précédent.
Ce proche, dont le fils a épousé la fille de M. Setchine, a été démis de ses fonctions en juin pour être peu après nommé ministre de la Justice. Une fonction un peu moins puissante, qui lui aurait été attribuée pour rééquilibrer l'influence des clans du Kremlin.
"Les siloviki sont passés à une phase active de l'expropriation de biens des compagnies privées, officiellement pour rendre à l'Etat les biens mal acquis" pendant les privatisations expéditives des années 1990, observait en 2005 le Centre d'études de la conjoncture politique en Russie dans un rapport.
M. Setchine, bras droit fidèle de l'actuel président russe depuis le début des années 1990, a suivi Vladimir Poutine de son poste de maire adjoint de Saint-Pétersbourg jusqu'au Kremlin.
Né le 7 septembre 1960 à Saint-Pétersbourg, il a fait des études de français et de portugais à l'Université d'Etat de Leningrad, l'ancien nom de la ville, dont il sort diplômé en 1984.
Il travaille ensuite pendant quatre ans en Angola et au Mozambique comme interprète militaire, une fonction qui cache souvent une collaboration avec les services secrets russes à l'étranger.
Le responsable, qui aurait un fin sens de l'humour selon la presse russe, est chargé des nominations aux principales fonctions de l'administration russe et tous les textes législatifs passent par sa supervision.
Ses grandes ambitions pour Rosneft se heurtent cependant à un obstacle de taille, Dmitri Medvedev, ex-chef de l'administration présidentielle aujourd'hui premier vice-Premier ministre, qui est à la tête d'un autre champion semi-public des hydrocarbures russes : le géant gazier Gazprom.
Début 2005 une fusion prévue entre Gazprom et Rosneft, a capoté à la dernière minute à cause de luttes de clans au Kremlin opposant principalement les deux hommes.
Depuis cette transaction avortée, Gazprom affiche son ambition de devenir un vaste groupe énergétique diversifié et a commencé à se renforcer dans le pétrole en rachetant fin 2005 le pétrolier Sibneft au milliardaire russe Roman Abramovitch.