Tensions à l'Asean autour de la mer de Chine méridionale

Reuters

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Les contentieux territoriaux en mer de Chine méridionale, en particulier le comportement de Pékin, ont suscité ce vendredi de vives tensions entre les pays d'Asie du Sud-Est. Pour la première fois en 45 ans d'existence, une réunion de l'Association des nations d'Asie du sud-est (Asean) s'est terminée sans déclaration commune, les dix Etats membres s'opposant autour de l'attitude de la Chine dans ces eaux riches en hydrocarbures, où grandit la crainte d'un affrontement militaire. Les Philippines ont «déploré» cet échec, qu'elles ont imputé au Cambodge, allié de la Chine.

Sans mentionner la Chine, le ministre philippin des Affaires étrangères, Albert del Rosario, a déclaré au cours d'une conférence de presse à Manille que l'intrusion en territoire philippin d'un «Etat membre» s'inscrivait dans une tactique d'«imposition progressive» des prétentions de cet Etat sur l'ensemble de la mer de Chine méridionale. La Chine revendique une souveraineté sur une vaste zone de la mer de Chine méridionale, y compris sur des secteurs que réclament aussi les Philippines et le Viêtnam.

Mauvais augure

La Malaisie, Brunei et Taiwan ont également des vues sur certaines parties de la mer de Chine méridionale. Ces divisions sont de mauvais augure alors que l'Asean veut créer d'ici 2015 une communauté économique régionale sans frontières pour le commerce, l'emploi et les marchés financiers, afin, entre autres, de rivaliser avec Pékin. La Chine n'est pas membre de l'Asean, mais du Sommet de l'Asie orientale et du Forum régional de l'Asean, qui se sont également réunis au Cambodge.

Les enjeux autour de la mer de Chine méridionale se sont accrus avec la récente évolution stratégique des Etats-Unis, qui comptent renforcer leur implication en Asie, ce qui incite les Philippines et le Viêtnam à ne pas céder à la Chine. «La revendication insistante de ce pays membre (la Chine) sur des zones contestées et non contestées est une menace pour la paix et la stabilité en Asie-Pacifique», a poursuivi Albert del Rosario. «Si on y laisse libre cours, (...) cela pourrait aboutir au déclenchement d'un conflit armé, ce que personne ne souhaite.»

La Chine est accusée d'avoir joué de sa très forte influence sur plusieurs Etats membres, dont le Cambodge, pour bloquer les discussions, notamment la tentative d'accord autour d'un code de conduite maritime obligatoire, censé déminer le conflit. L'Indonésie a pour sa part minimisé la querelle. «Il est évident que la mer de Chine méridionale est un sujet difficile en ce moment, mais je suis sûr que l'Asean trouvera un moyen de prendre le problème en main», a déclaré à Reuters le ministre indonésien des Affaires étrangères, Marty Natalegawa.

Des patrouilles chinoises «prêtes au combat»

Les tensions entre Manille et Pékin ont ressurgi ce vendredi quand la marine chinoise a indiqué qu'une de ses frégates s'était échouée sur Half Moon Shoal (Le Banc de la demi-lune), îlot de l'archipel des Spratleys situé à moins de 200 km à l'ouest de l'île philippine de Palawan. «C'est un endroit stratégique pour réaffirmer leur revendication sur la zone, ils se rapprochent de notre territoire en mettant un pied dans la porte», a estimé un responsable militaire.

La Chine a annoncé le mois dernier avoir lancé des patrouilles «prêtes au combat» dans les eaux qu'elle estime être sous son contrôle en mer de Chine méridionale. Elle a aussi exprimé sa «profonde opposition» à une loi vietnamienne revendiquant la souveraineté sur les îles Paracels et Spratleys. La semaine passée, le président philippin, Benigno Aquino, a déclaré dans une interview à Reuters qu'il envisageait de demander aux Etats-Unis de déployer des avions espions pour surveiller ces eaux tant convoitées.