Côte d'Ivoire: Le parti de Gbagbo renoue avec le pouvoir après des tensions

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Le Premier ministre ivoirien, Jeannot Kouadio Ahoussou, a reçu vendredi les dirigeants du parti de l'ex-président Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), pour relancer le processus de réconciliation après un récent regain de tensions.
Le Premier ministre ivoirien, Jeannot Kouadio Ahoussou, a reçu vendredi les dirigeants du parti de l'ex-président Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), pour relancer le processus de réconciliation après un récent regain de tensions. — Karen Bleier afp.com

Le Premier ministre ivoirien, Jeannot Kouadio Ahoussou, a reçu ce vendredi les dirigeants du parti de l'ex-président Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), pour relancer le processus de réconciliation après un récent regain de tensions. Accompagné notamment du ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko, Jeannot Kouadio Ahoussou a accueilli vers 10h (midi à Paris), une délégation du FPI conduite par le président par intérim du parti, Sylvain Miaka Oureto. Le pouvoir et le FPI sont représentés chacun par sept personnes.

Il s'agit de la première rencontre officielle entre le gouvernement et le parti du président déchu depuis un fort regain de tensions en juin. Des attaques dans le Sud-Ouest avaient coûté la vie à plus d'une vingtaine de personnes, dont sept Casques bleus nigériens de l'Opération des Nations unies dans le pays (Onuci), et les autorités avaient quelques jours plus tard affirmé avoir déjoué en mars un projet de putsch. Dans les deux cas le pouvoir a accusé des pro-Gbagbo, s'attirant un virulent démenti du FPI.

Huit accusations de génocide

Malgré quelques rendez-vous entre les ennemis d'hier et la création d'une Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR), la réconciliation est en panne plus d'un an après la fin de la crise de décembre 2010-avril 2011, née du refus de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite à la présidentielle de novembre 2010 face à Alassane Outtara. La crise a fait quelque 3.000 morts.

L'ex-chef de l'Etat est incarcéré depuis novembre 2011 à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI), qui le soupçonne d'être «coauteur indirect» de crimes contre l'humanité. L'audience de confirmation des charges pesant sur lui est prévue le 13 août. Fin avril, le gouvernement avait rencontré l'opposition à Grand-Bassam, près d'Abidjan, afin de relancer un «dialogue républicain». Mais le FPI avait choisi de n'y assister que comme «observateur», et le communiqué final instituant un «cadre permanent de dialogue» n'avait été paraphé que par de petites formations pro-Gbagbo.

Le FPI veut un «dialogue direct» avec le pouvoir et martèle sans relâche ses exigences, à commencer par la libération de ses cadres emprisonnés. La plupart de ses barons sont détenus depuis la fin de la crise dans le nord du pays et poursuivis pour «crimes de sang», «atteinte à la sûreté de l'Etat» et «crimes économiques». Huit d'entre eux, dont l'ex-Première dame Simone Gbagbo et l'ancien président du FPI Pascal Affi N'Guessan, sont depuis peu inculpés en outre de «génocide».

«Les esprits ont recommencé à se réarmer»

Ce chef d'accusation -«fantaisiste» selon la défense- a surpris, alors que le président Ouattara lui-même, en visite d'Etat en France en janvier, avait affirmé que grâce à l'intervention militaire française «un génocide pire qu'au Rwanda» avait pu être évité durant la crise. Elle s'est achevée le 11 avril 2011 avec l'arrestation de M. Gbagbo après deux semaines de guerre, remportée par les forces pro-Ouattara avec l'appui décisif de la force française Licorne et de l'Onuci. Depuis le transfert de l'ancien président à La Haye, la CPI n'a annoncé aucun autre mandat d'arrêt.

Mais, dans un entretien diffusé le 8 juillet sur Radio France Internationale (RFI), le président de l'Assemblée nationale et ex-Premier ministre Guillaume Soro a affirmé que trois autres mandats ont été émis: contre Simone Gbagbo, l'ex-chef des «jeunes patriotes» pro-Gbagbo, Charles Blé Goudé, et le général Brunot Dogbo Blé, ancien patron de la Garde républicaine. La CPI n'a voulu faire aucun commentaire.

Alors que le régime est accusé de pratiquer une «justice des vainqueurs» par le camp Gbagbo, soupçonné quant à lui d'avoir des velléités de revanche, le président de la CDVR, l'ancien Premier ministre Charles Konan Banny, n'a pas la tâche facile. Charles Konan Banny, dont la commission demeure peu visible et audible, a dû cette semaine se rendre à l'évidence, lors d'une interview à la radio Onuci-FM: «Les esprits ont recommencé à se réarmer.»