Jean-Baptiste Richardier: «Handicap international est né d'une révolte»

ASSOCIATION Pour l'anniversaire de Handicap International, Jean-Baptiste Richardier, Directeur général et cofondateur de Handicap International, a répondu aux questions de «20 Minutes»...

Armelle Le Goff

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Jean-Batiste RICHARDIER Directeur Général de Handicap International, dans son bureau de Lyon, le 11 juillet 2012.
Jean-Batiste RICHARDIER Directeur Général de Handicap International, dans son bureau de Lyon, le 11 juillet 2012. — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

Trente ans de combats à travers le monde. A cette occasion, 20 Minutes a décidé d'accompagner Handicap International pendant un an, via une couverture régulière de ses actions menées sur toute la planète. Cambodge, Roumanie, Rwanda… L'histoire de Handicap International s'égrène au fil des pires catastrophes de ces dernières années. Au départ, la révolte de quelques-uns contre l'absence de traitement pour ceux dont les corps payaient le prix le plus fort des soubresauts traversés par leurs pays. C'est ce qui devait donner corps à une association qui part toujours de l'individu, sa famille, sa communauté, pour tenter d'apporter une réponse humanitaire sur la durée.

>> Retrouvez le diaporama retraçant 30 ans d'action de Handicap International

Aujourd'hui, Handicap International gère 324 programmes, avec, comme cela s'est vérifié lors du séisme en Haïti en 2010, un objectif d'action dans les 72 heures qui suivent une catastrophe. Pour toutes ces raisons, la rédaction de 20 Minutes a décidé de se mobiliser pour donner la parole aux victimes accompagnées sur le terrain par Handicap International, à ses experts ou ses bénévoles. Chaque semaine, une photo dans 20 Minutes rappellera, concrètement, l'engagement de notre journal. Rencontre avec Jean-Baptiste Richardier, Directeur général et cofondateur de Handicap International...

Comment est né Handicap International?

En 1979, j'ai été envoyé, en tant que médecin, à la frontière thaïlandaise, pour venir en aide au peuple khmer qui venait y chercher refuge. J'ai vite été choqué de constater qu'aucune aide n'était apportée aux 6.000 Cambodgiens qui avaient dû subir une amputation, au motif que la médecine d'urgence n'avait pas les moyens de leur apporter les soins nécessaires. C'est de cette révolte qu'est né Handicap International.

Vous aviez des compétences spécifiques en matière de prothèses et d'appareillages?

Pas du tout ! Avec Claude Simonnot [cofondateur], on a ensuite suivi une formation de rééducation fonctionnelle.Mais, au départ, il s'agit pour nous de repousser les limites de nos compétences. On était porté par un mélange de culot et d'inventivité.

En 1990, Handicap International étend son champ d'action au handicap mental, en Roumanie notamment. Pourquoi?

Avec cette mission, on s'inscrit parfaitement dans ce qui nous anime depuis le début : agir pour remettre sur le chemin de la vie ceux qui en sont exclus.

En 1992, au Cambodge, Handicap international se lance dans le déminage…

On en avait assez d'être dans l'incantation. Soigner et réparer les victimes ne suffit pas, il fallait aussi protéger les populations en les aidant à nettoyer leurs terres.

Cela vous a-t-il poussé à porter votre combat sur le plan politique?

Handicap International s'est dressé avec rage pour l'interdiction d'armes conventionnelles (les mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions) qui continuent à tuer – 98 % des victimes sont des civils et un tiers des blessés de mines ou explosifs de guerre sont des enfants – même après la fin des conflits. Cela a abouti à la signature du traité d'Ottawa interdisant les mines antipersonnel (1997) et du traité d'Oslo interdisant les bombes à sous-munitions (2008). Ces deux traités ont valu à Handicap International ainsi qu'à cinq autres ONG regroupées au sein de la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL) d'être récompensé du prix Nobel de la paix, en 1997.

A la veille de cet anniversaire, quel bilan tirez-vous de ces trente dernières années?

Je dois avouer qu'à la création d'Handicap International, on s'était donné cinq ans, avec l'espoir qu'à terme, on n'aurait plus d'utilité. Aujourd'hui, c'est tout le contraire : l'anomalie, ce n'est pas qu'Handicap International perdure, mais qu'elle n'ait pas existé avant.

Les chiffres clés de l'association

15% de la population mondiale touchée. Selon l'Organisation mondiale de la santé, un milliard de personnes sont handicapées dans le monde. Elles représenteraient 15% de la population mondiale. La majorité d'entre elles vivent dans des pays en voie de développement et ont besoin d'une aide que ne peut pas toujours leur apporter leur Etat.

Le danger des mines et des bombes à sous-munition. Plus de 80 pays sont encore polluées par des mines et 44 par des bombes à sous-munitions (BASM). Il y aurait entre 22 et 132 millions de sous-munitions qui n'auraient pas explosé à l'impact. Un tiers des victimes des mines sont des enfants.

Présence dans le monde. Cinquante-neuf pays d'intervention, 324 projets, 1 fédération et 8 associations nationales : France, Belgique, Suisse, Luxembourg, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis et Canada.

Bénéficiaires. En 2010, les projets de soutien économique ont concerné plus de 200.000 personnes. Ceux liés à l'éducation ont touché 102.000 personnes et ceux de réadaptation ont concerné près de 100.000 personnes. Plus de 60.000 personnes ont bénéficé du soutien de missions spécialisées dans l'aide psychosociale.

Effectifs. 3.484 personnels nationaux dans les pays d'intervention et 311 personnels expatriés ou affectés aux programmes.