Soudan du Sud: Ils perdent le Nord et le Sud

REPORTAGE Les «retournés» tentent de regagner leur village...

Alexandre Sulzer

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A Juba, au Soudan du Sud, 1.600 «retournés» survivent dans un camp de transit.
A Juba, au Soudan du Sud, 1.600 «retournés» survivent dans un camp de transit. — V. WARTNER / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial au Soudan du Sud

Trente-trois ans que Mona n'avait pas vu son pays. Après la mort de ses parents, tués «par les Arabes», elle avait fui la ville de Wau, aujourd'hui au Soudan du Sud, pour se réfugier à Khartoum. A cette époque, le Soudan ne formait qu'un seul et même pays. Aujourd'hui, Mona est revenue à Juba, la capitale du Soudan du Sud. Depuis le 16 mai, elle survit dans un camp de transit de 1.600 personnes où les autres «retournés», comme on les appelle ici, s'entassent en attendant de pouvoir retourner dans leur village d'origine. Selon le Haut Commissariat pour les réfugiés (HRC), 370.000 «retournés» seraient revenus au Soudan du Sud depuis octobre 2010. «Je suis contente d'être rentrée dans mon pays, je vais pouvoir cultiver», glisse Mona, qui a fui la capitale soudanaise dès le lendemain de l'indépendance du Sud en 2011. «La veille du départ, des gens ont pénétré dans notre maison et nous ont dit de partir maintenant, que nous avions un pays. J'ai pris peur.» Mais Mona a laissé son mari à Khartoum. Depuis un an, celui-ci, soldat, attend d'être payé par le gouvernement qui ne verse plus de salaire aux fonctionnaires sudistes.

La difficulté de rentrer

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (IOM), il y aurait encore 350.000 à 500.000 Sud-Soudanais au Nord. Dont 75 à 80% à Khartoum. Si certains d'entre eux ne veulent pas forcément partir, d'autres ne le peuvent tout simplement pas. La frontière s'est fermée à la fin 2011. Aussi bien sur les routes que sur le Nil. Impossible donc de se rendre à Renk (voir infographie), point d'entrée du Sud, où près de 20.000 personnes sont coincées dans des camps de transit. La navigation sur le Nil étant le seul mode, très lent, de sortie du site. «Et la réintégration au Soudan du Sud n'est pas simple, souligne Samantha Donkin, de l'IOM. Les «retournés» mettent une pression sur des ressources déjà faibles dans le pays, comme l'eau, le bois ou l'accès à la terre.» Sans compter la suspiscion envers une communauté perçue comme lâche puisqu'elle n'a pas combattu contre Khartoum. «Retournés» donc, mais étrangers dans les deux Soudan.