Mexique : quand l'immigration provoque la désertification

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Le fils de Delfina, 13 ans, qui travaille au champs de maïs en l'absence de son père
Le fils de Delfina, 13 ans, qui travaille au champs de maïs en l'absence de son père — Valentin Bontemps

Chaque année, des milliers de travailleurs saisonniers mexicains décident de partir aux Etats-Unis, en quête d’un avenir meilleur. Un choix qui ne va pas sans conséquence, pour leur famille et pour leur village d’origine

Dix mois sur douze dans l’année, Delfina Aquino se retrouve seule pour élever ses deux enfants. De février à décembre, son mari, ouvrier agricole, effectue des travaux saisonniers près de Washington. "Quand notre premier enfant est né, voilà onze ans, nous avions très peu de ressources, explique cette Mexicaine d’une quarantaine d’année, aux cheveux noirs noués en natte. Il a donc décidé d’aller chercher du travail aux Etats-Unis."
A Santa Catarina, village de 5000 âmes situé dans l’Etat de Morelos, au centre du pays, la situation est loin d’être rare. Selon les estimations de la municipalité, près d’une famille sur cinq dans la commune serait une famille "sans père", ce dernier passant la majeure partie de son temps aux Etats-Unis. Un phénomène courant au Mexique, où un million de foyers (sur 23 millions) dépendent de l’argent envoyé par les parents travaillant dans le nord, mais particulièrement fort dans cette région rurale et peu développée.
"En quelques mois, là-bas, on gagne autant qu’ici en cinq ans. Alors forcément, cela tente de nombreux hommes du village, qui cherchent à offrir plus de confort à leur famille", reconnaît le maire du village, Julian Guerrero Borda.
En onze ans, de fait, Delfina Aquino et son mari, Angel, ont réussi à améliorer substantiellement leur niveau de vie. Grâce à l’argent gagné aux Etats-Unis, ils ont pu se construire une maison, et s’acheter des appareils électroménagers. "Au quotidien, notre situation est difficile à vivre, confie cependant Delfina. Quand mon mari est absent, il faut tout faire seul : planter le maïs dans le jardin, entretenir la maison, élever les enfants... Pour eux aussi, d’ailleurs, c’est douloureux : chaque fois que leur père repart, ils se mettent à pleurer."
Les conséquences, d’ailleurs, se font sentir dans le village tout entier. Faute d’hommes en nombre suffisant dans le village, de nombreux champs, chaque année, ne sont plus cultivés. Et restent en friche, faute de bras.

Valentin Bontemps