«Ils ont détruit la chance d'une entente nationale»

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Dans la périphérie de Ramallah en Cisjordanie, l'hôtel Gemzo jure avec les autres hôtels de la ville. Loin de l'agitation du centre-ville, il jouit d'une grande tranquillité. Pourtant, hier à deux heures du matin, une vingtaine de jeeps de l'armée israélienne ont débarqué. « Les soldats m'ont ligoté et m'ont bandé les yeux, raconte Ahmed, le gardien. Ils ont ensuite demandé à tous les clients de sortir de l'hôtel. Ils sont partis avec six ministres palestiniens », dont le ministre des finances, Omar Abdel Razek, tous descendus dans l'hôtel quelques jours plus tôt. Dans la nuit de mercredi à jeudi, l'armée israélienne a aussi procédé à d'autres arrestations dans des grandes villes palestiniennes comme Hébron, Djenin et Jérusalem-Est. Au total, 64 responsables du Hamas auraient été arrêtés, dont 20 députés et 8 ministres.

Dans le centre-ville de Ramallah, Abou Rami, un sympathisant du parti islamiste, s'emporte : « Je ne comprends pas que la communauté internationale arrive à s'émouvoir qu'un soldat israélien soit détenu à Gaza, quand il y a des milliers de Palestiniens détenus en Israël. Tout ça pour un seul homme, un soldat ! » Depuis le début de la deuxième Intifada, peu de clients se rendent dans son café à narguilé. « Ce que sont venus faire les Israéliens à Ramallah est inadmissible, poursuit Abou. Avec l'Intifada, on nous considère tous comme des terroristes. Mais ici, la situation est devenue si critique que nous avons plus besoin de la paix que les Israéliens, croyez-moi ! » Il comptait sur un gouvernement d'union nationale entre le Fatah et le Hamas pour sortir de la crise. Il constate, amer : « Quel dommage ! Les deux partis étaient arrivés à se mettre d'accord sur le plan des prisonniers (signé mercredi et qui reconnaît implicitement Israël). Avec ces arrestations, les Israéliens nous ont enlevé la petite chance de voir un gouvernement fonctionner... Ils ont tout détruit. »

Benoit Faiveley (à Ramallah)