Fuites au Vatican: Tout comprendre sur le VatiLeaks

RELIGION Il s'agit de la crise la plus grave au Saint-Siège depuis que Benoît XVI est pape...

Corentin Chauvel avec Reuters

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Le pape Benoît XVI célèbre la messe de la Pentecôte, le 27 mai 2012, au Vatican.
Le pape Benoît XVI célèbre la messe de la Pentecôte, le 27 mai 2012, au Vatican. — S.RELLANDINI / REUTERS

Le scandale du «VatiLeaks», dévoilé au début de l’année par la presse italienne, a rebondi la semaine dernière avec l’arrestation de l’auteur présumé des fuites qui éclaboussent le Vatican. 20 Minutes fait le point sur l’affaire.

C’est quoi le VatiLeaks?
Le scandale porte sur une série de documents communiqués à des médias italiens en janvier et février derniers. Il a entraîné la publication dans la presse de plusieurs documents sensibles faisant état de corruption et de mauvaise gestion au Vatican. Parmi ces documents figurent des lettres adressées personnellement au pape par l'archevêque Carlo Maria Vigano, ancien numéro deux des services administratifs du Vatican et depuis octobre nonce apostolique (ambassadeur) à Washington.

Que contiennent ces documents?
Dans ses lettres à ses supérieurs, et notamment au pape, Carlo Maria Vigano affirmait avoir été muté à Washington après s'être plaint de la «corruption» et des «malversations» dans la gestion du patrimoine du Saint-Siège. Il dénonçait la situation «désastreuse» découverte à sa prise de fonction en 2009 au gouvernorat de la Cité du Vatican, sur fond de corruption, de népotisme et de favoritisme. Alors chargé de gérer les infrastructures du petit Etat pontifical (immeubles, jardins, rues et musées), il se plaignait de voir les contrats toujours attribués aux mêmes entreprises à des prix selon lui exagérés. Dans une de ses lettres au pape, l’archevêque se disait victime d'une campagne de dénigrement de la part de responsables du Vatican hostiles à sa politique de rigueur et à sa volonté de «faire le ménage» dans les dossiers financiers.

Que montrent les autres documents?
D'autres pièces évoquent des conflits internes concernant l'Institut des oeuvres religieuses (IOR, la Banque du Vatican), dont le président Ettore Gotti Tedeschi, accusé de «mauvaise gouvernance», a été limogé jeudi dernier. L’IOR est sous les projecteurs depuis que 23 millions d'euros de ses avoirs dans les banques italiennes avaient été gelés en 2010 dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent.

Qui a transmis ces documents?
Il s’agirait du majordome particulier du pape, Paolo Gabriele, 46 ans, qui a été officiellement inculpé samedi dernier par la justice vaticane pour avoir dérobé ces documents confidentiels. Paolo Gabriele avait accès aux pièces les mieux gardées du Palais apostolique, la résidence de Benoît XVI. C’est lui qui aidait le pape à s'habiller, lui servait ses repas et se tenait aux côtés du conducteur de la «papamobile». Mais les magistrats cherchent à déterminer si le majordome a agi seul ou avec des complices.

Pourrait-il s’agir d’une conspiration plus large?
C’est ce que pense la presse italienne qui estime que le majordome n’est qu’un bouc émissaire qui paye pour les autres et qu’au moins un prince de l'Eglise fait partie des personnes soupçonnées d'être à l'origine des fuites, une information démentie par le Vatican. «Il y a des cardinaux qui sont à l'origine des fuites, mais le Secrétariat d'Etat ne pouvait pas en parler, alors ils ont arrêté le majordome, Paolo (Gabriele), qui a seulement remis des lettres pour d'autres personnes», peut-on lire dans La Repubblica, citant une personne à l'origine des fuites. «Il n'a pas volé les documents. Son rôle était de les remettre», ajoute La Stampa, citant aussi un des auteurs des fuites.

Quelle est la réaction du pape?
Après avoir mis sur pied une commission de cardinaux chargés d’enquêter sur l’affaire, Benoît XVI s'est dit «affligé» d'avoir été trahi par un membre de son entourage proche. «Il (le pape) sait que la Curie romaine traverse une situation délicate. Il continue de rester sur le chemin de la sérénité, sa foi et sa morale le placent au-dessus de la mêlée», a ajouté le porte-parole du Vatican. Selon les détracteurs du pape, ce scandale serait pourtant dû en partie à la personnalité de Benoît XVI, à une mauvaise gouvernance et aux affaires présumées de corruption.