Portugal: Le numéro deux du gouvernement sur la sellette pour ses liens avec un espion

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Le numéro deux du gouvernement portugais se retrouve au centre d'une affaire complexe qui mêle espionnage, conflits d'intérêt, menaces contre la presse et risque de briser sa carrière après avoir emporté celle d'un de ses collaborateurs.
Le numéro deux du gouvernement portugais se retrouve au centre d'une affaire complexe qui mêle espionnage, conflits d'intérêt, menaces contre la presse et risque de briser sa carrière après avoir emporté celle d'un de ses collaborateurs. — Francisco Leong afp.com

Le numéro deux du gouvernement portugais se retrouve au centre d'une affaire complexe qui mêle espionnage, conflits d'intérêt, menaces contre la presse et risque de briser sa carrière après avoir emporté celle d'un de ses collaborateurs.

Miguel Relvas, ministre des Affaires parlementaires et adjoint du Premier ministre Pedro Passos Coelho, est sur la sellette pour des contacts avec l'ex-Directeur du Service d'Information Stratégique de Défense (SIED, le renseignement portugais), Jorge Silva Carvalho, baptisé «super-espion» par les médias.

Tout contact avec Silva est suspect

Jorge Silva, qui a quitté le SIED en 2010, un an avant l'arrivée de la droite au pouvoir, est employé par une compagnie privée, Ongoing, qui a des intérêts dans la presse et les télécommunications. Il est depuis plusieurs mois au centre d'une polémique pour avoir fourni, alors qu'il dirigeait les services secrets, des informations sensibles à Ongoing qui l'en aurait récompensé en le prenant à son service.

Selon l'hebdomadaire Visao, Jorge Silva aurait notamment constitué une liste très confidentielle sur les habitudes et les relations du gratin politique portugais ce que lui-même a catégoriquement nié. Au fil des critiques de la presse et de l'opposition, il a acquis une réputation sulfureuse au point que tout contact avec lui est désormais suspect.

Le ministre Relvas se retrouve donc dans le collimateur pour ses relations avec Jorge Silva après son départ des services secrets. Selon le quotidien Publico, le «super-espion» aurait notamment notamment suggéré à Miguel Relvas les noms de quelques uns de ses amis pour des postes clefs, après l'arrivée de la droite au pouvoir en juin 2011.

Commission parlementaire

L'affaire faisant quotidiennement les grands titres de la presse portugaise, Miguel Relvas a dû s'expliquer récemment devant une commission parlementaire. Il a reconnu connaître Jorge Silva depuis 2010 et admis avoir reçu de sa part des informations dont il a toutefois minimisé l'importance. Pour donner un exemple de leur insignifiance, Miguel Relvas a évoqué un sms de Jorge Silva annonçant: «George W. Bush visite le Mexique. Source: agence de presse.»

Mais une journaliste de Publico a alors relevé une incohérence. Comment le ministre peut-il affirmer connaître Jorge Silva depuis 2010 alors que le voyage de George W. Bush évoqué dans le sms date de 2007? Pour éclaircir ce point, la journaliste a pris contact avec le ministre qui a alors menacé, selon Publico, de ne plus donner aucune information au journal et révéler des détails de la vie privée de la journaliste.

La pression sur Miguel Relvas pour qu'il vienne à nouveau s'expliquer devant le parlement s'est accentuée, tandis que certains responsables de l'opposition ont réclamé sa démission. Jusqu'à présent le Premier ministre Passos Coelho n'est pas intervenu mais ce silence, qui devient pesant, risque de le fragiliser, alors que Miguel Relvas est son plus proche collaborateur. L'affaire a déjà fait sauter un premier fusible. L'adjoint de Miguel Relvas, Adelino Cunha, a en effet renoncé à ses fonctions, reconnaissant avoir eu des contacts avec Jorge Silva après avoir été nommé au cabinet du ministre. Une démission que Miguel Relvas a immédiatement acceptée.