Présidentielle égyptienne: Le point sur une élection historique

DÉCRYPTAGE 20 Minutes» vous dit tout de ce processus inédit en Égypte, dans la mesure où il s'agit du premier scrutin où le nom du vainqueur n'est pas connu à l'avance...

Bérénice Dubuc avec Reuters
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Des Egyptiennes votent dans un bureau du Caire, le 23 mai 2012.
Des Egyptiennes votent dans un bureau du Caire, le 23 mai 2012. — REUTERS/Ammar Awad

Deux jours de scrutin pour une élection historique. Ce mercredi et demain jeudi, 50 millions d'électeurs égyptiens sont appelés à voter pour élire, parmi douze candidats, le successeur d'Hosni Moubarak, chassé du pouvoir par des manifestations le 11 février 2011. 20 Minutes décrypte pour vous ce moment historique.

Parmi les douze candidats en lice, qui a le plus de chances de l’emporter?

Il est peu probable que l'un des candidats remporte la majorité absolue dès ce premier tour, un second sera probablement nécessaire -il est prévu les 16 et 17 juin- pour départager les deux adversaires les mieux placés. Parmi les principaux candidats -dont le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi, le dernier Premier ministre d'Hosni Moubarak Ahmed Chafik, ou encore le nassérien Hamdeen Sabbahi- l’islamiste indépendant, Abdel Moneim Aboul Fotouh, et l'ex-ministre des Affaires étrangères et ancien patron de la Ligue arabe Amr Moussa, font figure de favoris.

Cependant, «il faut faire très attention aux sondages, car ce scrutin est un exercice inédit pour l’Egypte, qui n’a jamais connu de vote satisfaisant auparavant, et pour les Egyptiens qui ne sont pas encore mâtures politiquement», souligne Sophie Pommier, spécialiste de l’Egypte et enseignante à Sciences Po Paris.

Que peut-on attendre du nouveau président?

Difficile à dire, dans la mesure où on ignore quels seront ses pouvoirs. «La grande question aujourd'hui en Egypte, ce n'est pas de savoir si le président sera ou non un fondamentaliste, ou s'il sera ou non Frère musulman, mais de savoir qui du président et du parlement détiendra réellement le pouvoir», estime Rashid Khalidi, professeur d'études arabes à l'Université de Columbia, à New York.

En effet, l'Egypte ne s'est toujours pas dotée d'une nouvelle Constitution, et on ignore encore si le pays choisira un régime présidentiel ou parlementaire; un choix qui pourrait être lourd de conséquences si le nouveau président n'est, contrairement au parlement, pas islamiste. Pour Sophie Pommier, «l’armée attend de voir la tournure que va prendre le scrutin avant de donner une constitution intérimaire».

Quelle sera la place de l’armée à l’avenir?

L’Egypte est dirigée depuis près de seize mois par le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, à la tête du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui s’est engagé à rendre le pouvoir aux civils le 1er juillet. «L’armée a effectivement envie de le faire, car elle a conscience de son incapacité à gérer le pays, et est actuellement trop exposée», affirme Sophie Pommier, qui ajoute que cela ne se fera pas à n’importe quelle condition.

«Les militaires ne veulent pas être inquiétés par la justice pour leurs exactions et ils veulent garder la main sur les questions économiques pour ne pas mettre en danger leurs intérêts personnels.» La seconde condition est la plus problématique: pour moderniser et libéraliser l'économie égyptienne -et ainsi lutter contre la pauvreté et le chômage- il faudra une remise à plat du système économique, qui pourrait porter atteinte aux militaires dans beaucoup de domaines.

Car l'armée égyptienne est un empire économique, qui va du complexe militaro-industriel aux usines d'embouteillage d'eau minérale, en passant par un patrimoine foncier, une aide américaine annuelle d'1,3 milliard de dollars et des moyens militaires garantis par un budget secret. Les rues du Caire bruissent d’ailleurs depuis des mois de rumeurs de coup d'Etat dans l'hypothèse d'une victoire d'un candidat qui ne conviendrait pas aux généraux.