Liban: Beyrouth se réveille avec la gueule de bois alors que la crise syrienne se répand dans le pays

REPORTAGE La tension est grandissante dans la capitale libanaise après la mort de deux dignitaires sunnites proches de l'opposition syrienne et abattus à un barrage militaire...

David Hury, à Beyrouth

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Des soldats de l'armée libanaise dans leur blindé montent la garde devant les bureaux incendiés du Mouvement Arabe après une nuit d'affrontements à Beyrouth (lundi 21 mai 2012)
Des soldats de l'armée libanaise dans leur blindé montent la garde devant les bureaux incendiés du Mouvement Arabe après une nuit d'affrontements à Beyrouth (lundi 21 mai 2012) — REUTERS/Sharif Karim

De notre correspondant au Liban

Beyrouth, quartier de Tareq el-Jdidé, dans la banlieue sud. Dans la nuit de dimanche à lundi, partisans sunnites et membres de partis politiques prosyriens ont sorti les armes légères. Bilan: deux morts et une vingtaine de blessés. L’armée libanaise a aussitôt pris position dans ce quartier. Une armée regardée de travers par la communauté sunnite depuis le drame qui a mis le feu aux poudres.

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La veille, dans le nord du pays, deux dignitaires sunnites – des opposants au régime de Damas ne cachant pas leur soutien à la rébellion syrienne – ont été abattus à un barrage militaire. La nouvelle de la mort des cheikhs Ahmad Abdul Wahed et Mohammad Merheb s’est répandue en quelques minutes, les sunnites du Nord-Liban bloquant les routes à grands coups de pneus brûlés dans toute la région, ainsi qu’à Tripoli, la deuxième ville libanaise.

Quelques heures plus tard, une même colère s’est abattue sur Beyrouth. Pour la première fois depuis le début de la révolte en Syrie, les tensions confessionnelles ont donc gagné la capitale. «Ça ne peut plus continuer comme ça!, s’énervent Randa et Fawzi, qui tiennent un petit restaurant près de la Cité sportive, où partisans du Courant du Futur (le parti de l’ancien Premier ministre Saad Hariri) ont affronté ceux du Mouvement Arabe et du PSNS (Parti social nationaliste syrien), alliés au régime baasiste de Bachar el-Assad. Hier, Tripoli et le Akkar, maintenant Beyrouth! Il faut que justice soit faite!»

«Les responsables devront rendre des comptes»

Hariri est vite monté au créneau, demandant une commission d’enquête immédiate: «Nous ne blâmons pas l'armée libanaise dans son ensemble, souligne-t-il. Mais il est clair que certaines personnes impliquées dans ces meurtres souhaitent utiliser l'institution pour importer la crise du régime syrien au Liban. Les responsables devront rendre des comptes, quel que soit leur rang.»

Beyrouth, elle, retient son souffle. Circulation moins dense, magasins fermés dans certains quartiers, l’ambiance est lourde. Les réseaux sociaux sont quant à eux en pleine ébullition, la jeunesse appelant à une manifestation à 18h, place des Martyrs, avec comme seules armes des bougies blanches et des drapeaux libanais. Pour dire «stop» à la violence.