La crise syrienne joue les prolongations au Nord-Liban

MONDE A Tripoli, au nord du pays, les tirs entre communautés alaouite et sunnite se poursuivaient ce lundi matin, après un week-end meurtrier...

David Hury

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Un sunnite armé du quartier de Bab al-Tebbaneh  à Tripoli, au Liban, le 13 mai 2012.
Un sunnite armé du quartier de Bab al-Tebbaneh à Tripoli, au Liban, le 13 mai 2012. — REUTERS

De notre correspondant à Beyrouth, Liban

Ce lundi matin encore, Tripoli est en état de siège. Des tirs épars se font entendre malgré la présence de l’armée libanaise qui quadrille la ville. Ce week-end, la grande ville sunnite du Nord-Liban – distante de 25km de la frontière syrienne – a vécu au son des tirs d’armes légères, de grenades et de RPG. Comme en février dernier lors de précédents affrontements, le feu aux poudres a pris entre les deux quartiers de Jabal Mohsen et Bab el-Tebbaneh. Le premier, fief de la minorité alaouite (une communauté dissidente du chiisme, à laquelle appartient le régime du président syrien Bachar el-Assad); le second sunnite et abritant des éléments salafistes. Les clashes entre les deux communautés sont fréquents, l’une accusant l’autre de soutenir le régime syrien quoi qu’il arrive, et l’autre accusant l’une d’exactions envers une minorité.

>> Lire le blog de notre correspondant, Chroniques beyrouthines.

Bilan du week-end: trois morts et près d’une trentaine de blessés, presque tous civils. Depuis le printemps 2011, la région a accueilli des milliers de réfugiés syriens et l’actualité sanglante de l’autre côté de la frontière est sur toutes les lèvres. Les affrontements du week-end ont commencé au moment où des membres de la Sûreté générale (la police libanaise, dirigée par le général Abbas Ibrahim proche du Hezbollah et de la Syrie) ont arrêté un terroriste salafiste présumé, Chadi al-Maoulaoui, de manière «inhumaine» selon les sunnites.

La querelle communautaire se double d’un bras de fer politique

Dans la soirée de samedi, un sit-in de protestation a bloqué la place Al-Nour d’où sont partis plusieurs tirs d’armes lourdes. D’autres points d’accès de la ville ont été également pris d’assaut par des sunnites radicaux. A 2 heures du matin, une roquette a touché le quartier voisin d’Al-Qobbeh (à majorité sunnite et vigoureusement hostile aux supporters alaouites de Bachar el-Assad). Les combats de rue à l’arme légère et aux RPG ont alors commencé entre les habitants des deux quartiers sunnites face à ceux du quartier alaouite de Jabal Mohsen, jusqu’à 7 heures du matin dimanche. Au matin, l’armée a envoyé un message très clair aux belligérants: «La sécurité de Tripoli est prioritaire et les troupes légales prendront les mesures nécessaires contre les fauteurs de troubles, quelle que soit leur affiliation politique ou confessionnelle.» Le sit-in place Al-Nour semble tout de même parti pour durer. Nizar, le frère Chadi al-Maoulaoui, a expliqué à la télévision que lui et ses compagnons maintiendrait le sit-in tant que Chadi ne serait pas libéré. Or, il a été mis en examen lundi midi par un juge…

Seulement voilà, cette fois, les incidents ont vite été récupérés politiquement, la querelle communautaire se doublant d’un bras de fer politique. Le Courant du Futur – de l’ex-Premier ministre sunnite Saad Hariri – a accusé la Sûreté générale d’être à la solde du Hezbollah, le parti chiite menant l’actuelle coalition au pouvoir au Liban. Le Courant du Futur a également demandé la démission de l’actuel Premier ministre, Nagib Mikati, lui-même originaire de Tripoli, ainsi que celle de tous les députés de la ville si Al-Maoulaoui n’était pas remis en liberté sur le champ. Le député haririste Moustafa Alloush a même demandé des excuses publiques de la part du directeur de la Sûreté générale. Affaire à suivre, pro et antisyriens libanais n’étant pas vraiment enclins à remiser leurs armes au placard…