Législatives en Algérie: Le pays gagné par l'apathie

ELECTIONS 20 millions d'Algériens sont appelés à élire leur assemblée ce jeudi...

Armelle Le Goff

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Lors des élections législatives de 2007, l'abstention avait dépassé 60 %.
Lors des élections législatives de 2007, l'abstention avait dépassé 60 %. — SIDALI DJARBOUB / AP / SIPA

Les autorités algériennes ont beau affirmer que les élections législatives de ce jeudi seront une étape marquante vers une démocrati­sation de la vie politique, nombreux sont ceux qui, dans le pays, ne croient plus dans les promesses du pouvoir. Ils sont plus de 20 millions à être appelés aux urnes pour désigner les 462 députés de leur future Assemblée, forte de 73 nouveaux sièges. Mais ils attendent si peu de changements de leurs nouveaux représentants que très peu d'entre eux se donneront la peine de se déplacer jusqu'aux 45.000 bureaux de vote du pays.

Pourquoi une telle apathie électorale? «Les gens n'y croient plus, explique Djallil Lounnas, chercheur au Centre de recherche sur l'Afrique et la Méditerranée (Cram). Ils ne croient plus ni dans le régime, ni dans ses promesses de changements. Car depuis des années, rien ne change. Déjà lors des élections législatives, en 2007, l'abstention avait dépassé 60 %.»

«Pour nous, c'est fini»

Paradoxalement, s'ils sont nombreux en Algérie à souhaiter une amélioration de leurs conditions de vie, peu aspirent à un sursaut politique. La population est toujours hantée par la guerre civile, qui a fait près de 200.000 morts dans les années 1990 et au début des années 2000. Du coup, comme dans les pays voisins, la Tunisie, l'Egypte ou le Maroc, les partis islamistes modérés pourraient devenir le bloc le plus important à l'Assemblée nationale. Une façon, pour la population, de pousser vers un renouvellement de la classe politique, aux manettes depuis des décennies et dont le pouvoir est mal identifié.

«Souvent le pouvoir est décrit comme celui des “décideurs”, mais qui sont-ils? Une poignée de généraux? Personne ne le sait vraiment», explique Djallil Lounnas. Cette volonté de renouvellement, même le président Abdelaziz Bouteflika semble l'avoir entendue. Il l'a évoquée mardi lors d'un discours à Sétif. «Pour nous, c'est fini», a-t-il reconnu, laconique. De son côté, l'Algérie attend, entre apathie et inquiétude, que les choses commencent.