Syrie: Kofi Annan défend son plan de la dernière chance malgré les entorses au cessez-le-feu

MONDE Le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe estime qu'il s'agit de l'unique solution pour «éviter la guerre civile»...

avec AFP

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M. Annan, qui rendait compte à huis clos de sa médiation par vidéoconférence, a averti que sa mission "n'était pas illimitée dans le temps".
M. Annan, qui rendait compte à huis clos de sa médiation par vidéoconférence, a averti que sa mission "n'était pas illimitée dans le temps". — Violaine Martin afp.com

Le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Kofi Annan, a estimé mardi devant le Conseil de sécurité que son plan de paix était «sans doute la dernière chance d'éviter la guerre civile» dans le pays, malgré les nombreux accrocs au cessez-le-feu.

Kofi Annan, qui rendait compte à huis clos de sa médiation par vidéoconférence, a averti que sa mission «n'était pas illimitée dans le temps». «Ce plan reste l'unique chance de stabiliser le pays», a ensuite dit l'émissaire spécial lors d'une conférence de presse à Genève, soulignant «l'inquiétude profonde que le pays ne s'enfonce dans une guerre civile complète». «Nous devons arrêter les tueries», a-t-il lancé.

«L'activité militaire a légèrement diminué»

Kofi Annan a indiqué que «l'activité militaire a légèrement diminué», mais qu'il «y a toujours de sérieuses violations» du cessez-le-feu mis en place le 12 avril. «Il y a des violations commises par les forces de l'ordre syriennes mais aussi des actes perpétrés contre ces forces gouvernementales», a-t-il précisé.

«J'adresse un appel à tous ceux qui ont des armes, qu'ils pensent à la population, déposent les armes et viennent s'asseoir à la table (des négociations) avec nous», a exhorté l'ancien patron de l'ONU, selon qui «il est très difficile de convaincre les parties en présence de déposer les armes».

Il «faudrait peut-être de nouvelles élections»

Interrogé sur les législatives qui se sont tenues dimanche en Syrie sur fond de violences, Kofi Annan a répondu que le gouvernement devrait comprendre qu'il «faudrait peut-être de nouvelles élections». Selon lui, la consultation n'est pas celle qui est prévue dans son plan de paix, qui préconise un «dialogue» entre gouvernement et opposition.

Selon des diplomates qui ont suivi son intervention à New York, Kofi Annan a exprimé la crainte que les violations des droits de l'homme, les arrestations et les tortures «ne s'intensifient». Des personnalités connues pour être des partisans de la non-violence ont été arrêtées, a-t-il noté.

300 observateurs déployés à la fin du mois?

A Genève, Kofi Annan a indiqué qu'il espérait que les 300 observateurs de l'ONU seraient tous déployés d'ici la fin du mois, estimant qu'ils «auront à ce moment là un impact bien supérieur». Soixante-six observateurs sont actuellement sur place, répartis en six endroits du pays, a précisé un porte-parole du département des opérations de maintien de la paix de l'ONU, André-Michel Essoungou.

Le porte-parole de Kofi Annan, Ahmad Fawzi, a indiqué que le médiateur souhaitait se rendre à nouveau à Damas mais que ce ne serait «certainement pas» dans les jours qui viennent contrairement à ce qu'avait dit plus tôt mardi l'ambassadeur britannique à l'ONU, Mark Lyall Grant. «Je dirais plutôt "des semaines" mais tout cela dépend du retour qu'on va avoir de Damas», a déclaré Ahmad Fawzi dans un communiqué. Kofi Annan s'était rendu une seule fois à Damas en mars, au début de sa mission.

«Les Etats-Unis restent déterminés à accroître la pression sur le régime»

De son côté, le patron des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, a noté une «réduction sensible» de l'utilisation des armes lourdes par les forces syriennes. Mais des opérations militaires plus discrètes continuent, ainsi que des vagues d'arrestations à grande échelle, a-t-il ajouté, toujours selon les diplomates. «Les Etats-Unis restent déterminés à accroître la pression sur le régime (du président syrien) Assad et sur Assad lui-même afin qu'il quitte le pouvoir», a affirmé l'ambassadrice américaine à l'ONU, Susan Rice.

Les Etats-Unis souhaitent que le plan Annan réussisse, a rappelé Susan Rice, mais sont prêts en cas d'échec à chercher «d'autres mesures», telles que des sanctions, contre Damas. Près de 12.000 personnes, en majorité des civils tués par l'armée, ont péri en Syrie depuis l'éclatement en mars 2011 de la révolte populaire contre le régime Assad, a affirmé mardi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).