Législatives en Grèce: Qui sont les néonazis du parti Aube dorée?

DÉCRYPTAGE et ancien groupuscule, qui se défend d'être néonazi, a réussi à séduire les électeurs par des actions dans les quartiers défavorisés, mais s'illustre aussi par des actions violentes contre ceux qu'il nomme les «bronzés», et contre les groupes d'extrême gauche...

Bérénice Dubuc

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Le leader du parti néonazi Aube Dorée, Nikolaos Michaloliakos, lors d'une conférence de presse à Athènes, le 6 mai 2012.
Le leader du parti néonazi Aube Dorée, Nikolaos Michaloliakos, lors d'une conférence de presse à Athènes, le 6 mai 2012. — REUTERS/Yannis Behrakis

Le parti néonazi Chryssi Avghi («Aube dorée») a remporté dimanche 6,97% des suffrages, soit 21 sièges sur les 300 que compte le parlement grec. Un résultat historique, puisque cet ancien groupuscule est le premier parti ultra-nationaliste à entrer au Parlement depuis la chute du régime des colonels en 1974.

Créé dans les années 1980, le parti politique fondé et dirigé par Nikolaos Michaloliakos, quinquagénaire surnommé le «Fuhrer» par la presse grecque, était jusqu’à présent considéré comme un groupuscule néonazi marginal: une centaine de militants, quelques centaines de sympathisants, et des scores électoraux qui allaient avec - le parti a plafonné à 0,29% des suffrages aux dernières législatives de 2009.

Préférence nationale et mines aux frontières

Mais la crise de la dette, survenue fin 2009, a changé la donne. Dans un pays où insécurité et précarité explosent, où les cures d'austérité se succèdent sous la pression des institutions européennes, des pays de la zone euro et du FMI, et où la quasi-totalité des Grecs blâment les politiques, l’Aube Dorée tire son épingle du jeu.

Son programme repose principalement sur deux thématiques: lutter contre le programme de rigueur économique imposé par les bailleurs de fonds internationaux - des «usuriers mondiaux», comme l’a dit Nikolaos Michaloliakos dimanche - et contre l’immigration. Le parti souhaite ainsi miner les frontières gréco-turques pour arrêter les flux d’immigrés, et affiche clairement la couleur sur son drapeau, rouge où un symbole grec ancien rappelle fortement la croix gammée nazie: «La Grèce aux Grecs.»

En parallèle, l’Aube Dorée a su se rendre indispensable auprès de la population, par un travail de terrain dans les quartiers défavorisés: ses militants y effectuent des rondes, accompagnent les personnes âgées à la banque, au marché, les «femmes qui ont peur de rentrer chez elles le soir», distribuent de la nourriture aux familles défavorisées… Dès 2010, ces efforts ont été couronnés de succès: Nikolaos Michaloliakos a remporté un siège au conseil municipal d’Athènes avec  5% des voix (et jusqu’à 20% dans les quartiers défavorisés). C'est également là qu'il a été filmé en 2011 faisant un salut nazi.

Actions violentes

Car, même s’il s’en défend et revendique plutôt l’étiquette nationaliste, le parti d’extrême droite s’inscrit dans la mouvance néonazie. Ses militants -tout en noir, blouson de cuir et crâne rasé- s’illustrent ainsi par des actions violentes contre ceux qu’ils nomment les «bronzés», mais aussi contre des groupes d’extrême gauche. Dimanche encore, la police a confirmé que des membres du groupuscule avaient fait irruption dans deux bureaux de vote athéniens pour intimider des militants de gauche.

Le numéro deux du parti se trouve d’ailleurs emprisonné pour coups et blessures et tentative de meurtre contre un jeune militant de la gauche radicale, rappelle Slate, et deux des futurs parlementaires du mouvement doivent comparaître à la fin du mois de mai pour coups et blessures contre des migrants, souligne L’Express.