Royaume-Uni: David Cameron sous pression après le revers des municipales

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Le Premier ministre britannique David Cameron apparaissait mardi inflexible sur sa politique de réduction des déficits, malgré le revers cuisant subi par sa coalition aux élections municipales et la défaite en France et en Grèce de gouvernements défendant l'austérité
Le Premier ministre britannique David Cameron apparaissait mardi inflexible sur sa politique de réduction des déficits, malgré le revers cuisant subi par sa coalition aux élections municipales et la défaite en France et en Grèce de gouvernements défendant l'austérité — Carl Court afp.com

Le Premier ministre conservateur, David Cameron, se retrouvait samedi sous forte pression après la «raclée» subie selon la presse par son gouvernement aux municipales, où le bouillonnant Boris Johnson, réélu de justesse à la mairie de Londres fait figure de rescapé. L'opposition travailliste a pris le contrôle de 32 conseils municipaux supplémentaires et décroché plus de 800 sièges, notamment dans le sud, traditionnel bastion conservateur, tandis que les tories ont perdu 12 conseils et plus de 400 postes. Le Premier ministre a même eu la désagréable déconvenue de voir son parti perdre des sièges dans la circonscription de Witney (sud) dont il est député.

La pire nuit électorale de David Cameron

«La coalition humiliée par le sursaut travailliste», assène samedi le Times, proche des conservateurs, notant que «Cameron a subi sa pire nuit électorale depuis qu'il dirige les tories» en 2005. Seule bonne nouvelle côté conservateur: la réélection de l'anticonformiste Boris Johnson dans la capitale qui s'apprête à recevoir les jeux Olympiques. Mais là encore, cette victoire a un goût amer, les résultats étant en-deçà des estimations des sondages: 51,5% pour le blond Boris Johnson, contre 48,5% pour le «rouge» Ken Livingstone, surnommé ainsi à cause de ses anciennes sympathies trotskistes.

La défaite aux élections municipales de jeudi des partis conservateur et social-démocrate intervient à mi-mandat pour la coalition gouvernementale qu'ils forment depuis mai 2010. Les législatives sont programmées pour 2015. Cette déconvenue tombe aussi à un moment où David Cameron accumule les difficultés. «La pression augmente pour Cameron après la raclée électorale», estime le Guardian, proche de l'opposition. Même constat pour le conservateur Daily Telegraph, qui parle aussi de «raclée»: «Les gros nuages continuent de s'amonceler au-dessus du 10» Downing Street.

Les tories demandent un coup de barre à droite

Le Royaume-Uni est de nouveau entré en récession en début d'année, plus de 2,65 millions de personnes pointent au chômage, les interrogations se multiplient sur les relations qu'entretenaient le gouvernement et le groupe de presse de Rupert Murdoch, au coeur d'un scandale d'écoutes téléphoniques. Au vu des résultats de jeudi, plusieurs voix se sont élevées chez les tories pour demander un coup de barre à droite, alors que l'UKIP, parti anti-européen, a enregistré ses meilleurs résultats à des élections locales et les "lib-dém" leurs pires depuis leur création en 1988. «Le Number 10 (Downing Street) a besoin d'écouter plus souvent les députés conservateurs (...), et moins souvent les partenaires subalternes de la coalition», a conseillé le député tory Mark Pritchard.

Des élus conservateurs ont appelé David Cameron à une position plus ferme sur le mariage homosexuel et la réforme de la Chambre des Lords - auxquels sont favorables les «lib-dém» - mais aussi sur l'Europe et l'immigration. «Les gains importants du Labour laissent la coalition en pleine crise d'identité», constate The Independent. David Cameron semble pourtant décidé à conserver son cap, et attribue le revers électoral au contexte économique. «Nous devons prendre des décisions difficiles face à la dette, au déficit et à une économie en pièces héritée (du précédent gouvernement travailliste), et nous continuerons à prendre ces décisions nécessaires», a-t-il déclaré vendredi.

David Cameron et son vice-Premier ministre, le libéral-démocrate Nick Clegg, tenteront de redonner du souffle à leur coalition lors d'une conférence de presse commune mardi. Mais la semaine s'annonce délicate pour le Premier ministre avec la comparution jeudi devant la commission sur l'éthique des médias d'Andy Coulson, son ancien directeur de communication  rattrapé par le scandale. Il était rédacteur en chef du tabloïd News of the World, au coeur de l'affaire des écoutes.