Tunisie: Nessma TV condamnée pour avoir diffusé «Persepolis», la défense fera appel

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La justice tunisienne a condamné jeudi le patron de la chaîne privée Nessma, à une amende pour "atteinte au sacré", une décision en forme de compromis particulièrement attendue dans un procès test pour la liberté des médias depuis la chute de Ben Ali.
La justice tunisienne a condamné jeudi le patron de la chaîne privée Nessma, à une amende pour "atteinte au sacré", une décision en forme de compromis particulièrement attendue dans un procès test pour la liberté des médias depuis la chute de Ben Ali. — Fethi Belaid afp.com

La justice tunisienne a condamné ce jeudi le patron de la chaîne privée Nessma, à une amende pour «atteinte au sacré», une décision en forme de compromis particulièrement attendue dans un procès test pour la liberté des médias depuis la chute de Ben Ali. «Nabil Karoui a été condamné au versement d'une amende de 2.400 dinars (1.200 euros) pour la diffusion au public d'un film troublant l'ordre public et portant atteinte aux bonnes moeurs», selon le jugement du tribunal de première instance de Tunis.

Le patron de la chaîne Nessma était poursuivi après la diffusion du film franco-iranien Persepolis qui raconte les dérives du régime iranien à travers les yeux d'une petite fille. En cause: une scène où Allah est dessiné, un blasphème interdit par l'islam sunnite.

Ennahda avait exprimé son «attachement à la liberté d'expression»

Le film avait été diffusé le 7 octobre peu avant le premier scrutin libre après le soulèvement qui avait chassé l'ex-président Ben Ali le 14 janvier 2011 sous la pression de la rue. Ouvert le 16 novembre 2011 et reporté deux fois, le procès de Nabil Karoui a déchaîné les passions entre défenseurs des libertés et milieux islamistes extrémistes responsables de violences. Il avait aussi choqué une partie des Tunisiens dans un contexte de religiosité exacerbé par la montée en puissance du parti islamiste Ennahda, vainqueur des élections constituantes.

Après le tollé provoqué par l'agression de journalistes par des salafistes lors des débuts chaotiques du procès, Ennahda avait exprimé son «attachement à la liberté d'expression» et estimé que «les poursuites judiciaires à l'encontre du patron de Nessma TV». Un technicien de la chaîne et une responsable de la version en dialecte tunisien du film de l'Iranienne Marjane Satrapi (qui avait obtenu le Prix du Jury au festival de Cannes en 2007) ont été également jugés et condamnés à une amende de 1.200 dinars chacun.