Tout comprendre sur le conflit entre le Soudan et le Soudan du Sud

MONDE Khartoum et Juba sont au bord de la guerre ouverte autour du contrôle de régions pétrolifères...

Corentin Chauvel avec Reuters

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Un soldat sud-soudanais dans la région d'Unité (Soudan du Sud), le 24 avril 2012.
Un soldat sud-soudanais dans la région d'Unité (Soudan du Sud), le 24 avril 2012. — G.TOMASEVIC / REUTERS

Le Soudan et le Soudan du Sud se disputent la souveraineté de certains territoires frontaliers riches en pétrole. Leurs relations n’ont cessé de se dégrader au cours des deux dernières semaines avec des affrontements de plus en plus violents. 20 Minutes fait le point sur la situation.

Quel est l’objet du conflit?
Le Soudan du Sud est devenu indépendant en juillet dernier sans que soient résolus une série de désaccords sur le tracé des 1.800 km de frontière commune avec le Soudan, en particulier l’appartenance de régions pétrolifères essentielles à l’économie locale. La région d’Heglig, située en territoire soudanais mais revendiquée par Juba, a été notamment le théâtre d’affrontements entre les deux pays. Le Soudan du Sud souhaite que le statut de cette région soit réglé grâce à un arbitrage international. Enclavé, le pays nouvellement indépendant a hérité des trois quarts de la production de pétrole du pays d’avant la partition. Un contentieux oppose également Juba à Khartoum sur le montant des redevances à payer pour acheminer son brut à Port-Soudan via les oléoducs situés en territoire soudanais.

Y-a-t-il un risque de conflit armé?
Malgré le retrait la semaine dernière de l’armée sud-soudanaise de la région d’Heglig qui aurait pu laisser penser à un apaisement, Khartoum a procédé en début de semaine à des bombardements meurtriers sur une autre région pétrolifère, Unité, située elle en territoire sud-soudanais. «Il n’y a pas de cessez-le-feu avec Khartoum. Khartoum nous déclare la guerre jour après jour», a indiqué le porte-parole de l’armée sud-soudanaise, reprenant les mots de son président, Salva Kiir. Le Soudan a nié ces opérations militaires, le président soudanais Omar Hassan al Bachir rejetant toute négociation avec le Soudan du Sud. «Nous ne négocierons pas avec le gouvernement du Sud parce que le seul langage qu’ils comprennent est celui des armes et des munitions», a-t-il déclaré lundi.

Quel rôle pour la Chine?
Les Chinois suivent de très près la situation, ayant effectué d’importants investissements pétroliers et financiers dans les deux pays. Le Soudan a été jusqu’à récemment l’un de ses premiers fournisseurs de pétrole. Déjà dépêché en début d’année, un émissaire pour les affaires africaines va de nouveau se rendre au Soudan et au Soudan du Sud pour exhorter les deux pays à engager des pourparlers. La Chine a également fait savoir qu’elle coopérait avec les Etats-Unis pour trouver une solution à cette crise.

Quelle est la réaction du reste de la communauté internationale?
L’escalade verbale et militaire entre les deux pays l’a fait réagir. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) a appelé mardi les deux pays à stopper leurs hostilités sous 48 heures, à procéder à un retrait «inconditionnel» de leurs soldats des zones contestées. Il a également prévenu qu’il leur imposerait ses propres règles s’ils ne parvenaient pas à trouver un accord d’ici trois mois. Cependant, le mois dernier, des négociations entre les deux pays menées pour l’UA par Thabo Mbeki, ancien président sud-africain, avaient déjà échoué. Les Etats-Unis ont pour leur part annoncé jeudi avoir préparé un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU visant à obliger le Soudan et le Soudan du Sud à mettre fin à leurs combats et à reprendre les pourparlers, conformément à la requête de l’UA. L’ONU dispose de milliers de casques bleus au Soudan du Sud comme au Soudan.