Tuerie d'Oslo. Anders Breivik voulait tuer tous les jeunes travaillistes de l'île d'Utoya

JUSTICE L'homme accusé d’avoir tué 77 personnes en juillet 2011 estime que «les militants politiques qui choisissent de lutter pour le multiculturalisme» sont «des cibles légitimes»...

avec AFP

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Anders Breivik, au tribunal d'Oslo le 19 avril 2012, au quatrième jour de son procès.
Anders Breivik, au tribunal d'Oslo le 19 avril 2012, au quatrième jour de son procès. — REUTERS/Stoyan Nenov

Anders Behring Breivik, jugé pour la mort de 77 personnes l'an dernier en Norvège, a révélé ce jeudi qu'il voulait tuer tous les jeunes travaillistes sur l'île d'Utoya, en utilisant les eaux du lac comme «arme de destruction massive».

Le 22 juillet 2011, Breivik comptait exécuter, s'inspirant d'une méthode «jihadiste», des responsables de la mouvance travailliste puis tirer des coups de feu pour pousser les participants effrayés du camp d'été à se jeter à l'eau et à se noyer, a-t-il expliqué au quatrième jour de son procès. «L'objectif était de tuer tout le monde», a-t-il déclaré d'une voix étonnamment calme. Selon la police, 569 personnes se trouvaient sur place ce jour-là.

«Je ne suis pas un tueur d’enfants»

«Utoya était la cible politique la plus attractive à ce moment-là», en pleine période de vacances estivales, a dit Breivik. «J'assume Utoya. J'assume ce que j'ai fait. Je le referais», a-t-il ajouté.

Sur la petite île où se tenait un camp d'été de la jeunesse travailliste, Breivik avait tué 69 personnes, essentiellement des adolescents, dans une fusillade qui avait duré quelque 75 minutes. Juste avant, il avait fait huit autres victimes en faisant exploser une bombe près du siège du gouvernement.

«Je ne suis pas un tueur d'enfants», a poursuivi Breivik, qui pensait que tous les participants avaient au moins 16 ans. «J'estime que tous les militants politiques qui choisissent de lutter pour le multiculturalisme et ont un mandat dans de telles organisations sont des cibles légitimes», a-t-il affirmé. Concédant qu'il était «très difficile» de tirer sur des êtres humains, il a affirmé que la responsabilité incombait aux autorités norvégiennes qui rendent, selon lui, très difficile l'acquisition des composants d'une bombe, une arme qu'il juge préférable.

Une «opération suicide» envisagée dès 2006

Utoya n'était pourtant pas son objectif initial, a-t-il assuré. Disant avoir envisagé dès 2006 «une opération-suicide» - il ne pensait pas survivre le 22 juillet - contre «les élites» qui permettent «l'islamisation» de l'Europe, Breivik planifiait au départ trois attentats à la bombe et une fusillade.

Outre le quartier des ministères, il comptait placer une bombe d'une tonne au siège du parti travailliste et une autre de 500 kilos près d'une cible «très incertaine» qui aurait pu être le journal norvégien Aftenposten, le Parlement, l'Hôtel de ville d'Oslo ou encore le Palais royal. S'il avait survécu à ces attaques, il aurait aussi perpétré une fusillade contre les occupants d'un squat célèbre d'Oslo – Blitz -, le journal Dagsavisen et le parti de la Gauche socialiste, dont les bâtiments sont géographiquement proches, pour y tuer «autant de personnes que possible».

Mais il a finalement renoncé à ce plan en juin 2011, quelques semaines seulement avant de passer à l'acte: «C'était beaucoup plus difficile que je ne le pensais de faire une bombe», a-t-il expliqué, évoquant aussi l'amenuisement de ses moyens financiers.

Entraînement intensif avec des jeux vidéos

Anders Breivik a par ailleurs affirmé avoir utilisé des jeux vidéo pour préparer son carnage, passant jusqu'à une année entière isolé de la société, des heures durant devant un écran. Il a précisé avoir passé «beaucoup de temps» à jouer à Modern Warfare, l'un des jeux de tirs subjectifs les plus vendus au monde. Il a également indiqué avoir passé une année entière totalement isolé à jouer à World of Warcraft, qui associe le jeu de rôle et le jeu en ligne multijoueurs et compte plus de 10 millions d'abonnés.

Durant cette période de jeu compulsif, il a cessé de voir ses amis, considérant comme non prioritaires les relations personnelles. Il a même, pendant la nuit de la Saint-Sylvestre 2010-2011, joué pendant 17 heures d'affilée à Modern Warfare, simulant une intervention de la police et s'entraînant à trouver la meilleure stratégie pour y répondre. «J'ai calculé que les chances de m'en sortir étaient inférieures à 5%», a-t-il ajouté, pensant qu'il serait encerclé par la police après l'attentat à la voiture piégée dans le centre d'Oslo. «Je me suis préparé à me sortir de ce type de situations. Voilà ce que je simulais avec les jeux vidéo.»