Egypte: Démonstration de force des Frères musulmans place Tahrir

Reuters

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Des milliers d'Egyptiens se sont rassemblés à l'appel des Frères musulmans ce vendredi sur la place Tahrir, au Caire, pour protester contre la candidature à l'élection présidentielle d'Omar Souleimane, ancien tout-puissant patron des services de renseignement, considéré comme l'homme-lige d'Hosni Moubarak. Les jeunes à l'avant-garde de la révolution du Nil semblent absents de la place Tahrir, tout autant en colère contre la candidature de Souleimane que contre ce qu'ils perçoivent comme une tentative de mainmise des Frères sur la société égyptienne.

«Souleimane, ce ne serait pas les jours anciens?», scandait la foule réunie sur le point de ralliement emblématique des journées révolutionnaires de janvier-février 2011. Les manifestants agitaient le drapeau vert de la confrérie ainsi que l'emblème national égyptien rouge-blanc-noir. «Le peuple réclame la chute du régime», pouvait-on aussi entendre dans la foule reprenant à son compte le slogan-phare de la révolution du Nil. «A bas le régime militaire», criait aussi la foule qui entonnait l'hymne national. On a pu voir des banderoles associant Souleimane, Moubarak et l'étoile de David, symbole de l'Etat d'Israël.

Interdiction à Souleimane et Chafiq de se présenter

Les généraux égyptiens qui ont pris le pouvoir après le renversement d'Hosni Moubarak le 11 février 2011 sont censés le remettre le 1er juillet prochain au vainqueur de l'élection présidentielle. Outre Omar Souleimane, les principaux candidats sont le n°2 des Frères musulmans, le richissime homme d'affaires Khaïrat al Chater, le salafiste Hazem Salah Abou Ismaïl, l'ex-secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, et le dernier Premier ministre de Moubarak, Ahmed Chafiq.

Jeudi, l'Assemblée nationale a adopté un texte interdisant à Souleimane et à Chafiq de se présenter à la magistrature suprême compte tenu des responsabilités importantes qu'ils ont assumées sous l'ère Moubarak. Toutefois, les analystes doutent que cette disposition soit entérinée par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir.

Souleimane «confiant»

Dans un entretien accordé au quotidien gouvernemental Al Ahram, Omar Souleimane, qui se présente comme un rempart contre l'islamisme, déclare: «Je suis confiant (en ma candidature) et de pouvoir poursuivre mon parcours. Ce genre de lois ne fera que ruiner le pays, avec notamment une domination des Frères musulmans à tous les échelons de la société.»

La candidature de Souleimane, ennemi juré des islamistes qu'il a combattus pendant plus de deux décennies, a coïncidé avec l'annonce du possible rejet de la candidature de Khaïrat al Chater du fait de deux condamnations à l'époque d'Hosni Moubarak. Une plainte déposée contre sa candidature est en cours d'examen, à six semaines du premier tour du scrutin (23-24 mai). Le parti Liberté et Justice (PLJ, émanation des Frères) a précisé qu'en cas d'invalidation, il a un candidat remplaçant en réserve. Chater a qualifié de son côté la candidature de Souleimane «d'insulte pour la révolution».