Meurtre de Trayvon Martin: George Zimmerman déjà condamné par l'opinion publique et les médias?

ETATS-UNIS Si l'affaire va jusqu'au procès, trouver un jury impartial ne sera pas une mission facile...

Philippe Berry

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Une marche en soutien à Trayvon Martin, en Floride, demandant l'arrestation du tireur, George Zimmerman, le 28 mars 2012.
Une marche en soutien à Trayvon Martin, en Floride, demandant l'arrestation du tireur, George Zimmerman, le 28 mars 2012. — M.SEGAR/REUTERS

De notre correspondant à Los Angeles

Trayvon Martin était un adolescent noir-américain de 17 ans, armé d'un paquet de bonbons et d'une canette de soda, qui rentrait chez lui par une soirée pluvieuse, le 26 février dernier. George Zimmerman est un homme d'origine hispanique de 28 ans, un pistolet à la ceinture, qui s'est délibérément lancé à la poursuite de Martin, dont il jugeait le comportement «suspect», d'abord en voiture puis à pied, contre les conseils de la police.

Que s'est-il passé en l'espace de deux minutes? Le procureur, qui a inculpé Zimmerman de «meurtre au second degré» estime après son enquête que le vigile a «engagé la confrontation». Lui plaide la légitime défense et jure que l'adolescent l'a attaqué le premier. Une chose est sûre: entre les multiples fuites et les appels des politiques ou des people, tout le monde a déjà un avis en Amérique. Et le procès n'a même pas commencé.

Mobilisation populaire pour l'arrestation de Zimmerman

Il a fallu 46 jours à la justice pour ordonner l'arrestation de Zimmerman. Initialement, la police locale l'a laissé en liberté en vertu de la loi sur la légitime défense en Floride,«stand your ground», et parce que «les premiers éléments matériels ne contredisaient pas» la version de Zimmerman.

Rapidement, l'indignation est montée dans le pays. Plus de 2 millions de personnes ont signé une pétition pour l'arrestation de l'accusé, des marches en «hoodies» (sweat à capuche, porté par la victime car il pleuvait) ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes. Oprah, Spike Lee et l'équipe de basket du Miami Heat se sont mobilisés. Même Barack Obama a joué sur la corde émotionnelle, déclarant: «Si j'avais un fils, il ressemblerait beaucoup à Trayvon».

Mercredi, le procureur, Angela Corey, a juré que la pression populaire n'avait pas joué. Selon elle, il est commun que des meurtres nécessitent une enquête aussi longue, et Zimmerman n'est pas le premier à avoir été laissé en liberté pendant son déroulé.

Les médias pas assez prudents

L'histoire a d'abord été écrite par deux photos. D'un côté celle de Martin, un gamin maigre et souriant. De l'autre, celle de Zimmerman, avec un «mug shot» (photo de criminel) vieux de huit ans, en sur-poids, l'air menaçant.

Dans les semaines qui ont suivi, le portrait des deux protagonistes s'est nuancé. On a appris que Trayon Martin avait été renvoyé temporairement trois fois de son lycée, notamment après la découverte d'un sachet contenant des traces de marijuana. Zimmerman, lui, s'est révélé, à la surprise de beaucoup– être un électeur démocrate, qui a encadré au moins un adolescent afro-américain dans un programme de tutorat, selon sa famille. Et Zimmerman effectuait une ronde après une série de cambriolages dans le quartier.

Une première vidéo de surveillance, de très mauvaise qualité, ne semblait, elle montrer aucune blessure sur le crâne de Zimmerman et a fait le tour des médias (chez 20 Minutes y compris). Le lendemain, un travail sur l'image a permis de faire apparaître des traces rouges.

Sur Fox News, Bill O'Reilly a poussé un coup de gueule, appelant à laisser la justice faire son travail. Au même moment, NBC diffusait une l'enregistrement de l'appel de Zimmerman à la police. «On dirait qu'il prépare un mauvais coup. Il a l'air noir», lâche-t-il. Sauf que la chaîne a «par erreur» coupé la question de l'agent juste avant, demandant si la personne était «noire, blanche ou hispanique.»

Clivage racial

Selon une étude USA Today/Gallup, 36% des sondés pensent déjà que Zimmerman est «définitivement ou probablement coupable», contre seulement 7% «pas coupable» et 52% d'indécis. Chez les sondés noir-américains, ces chiffres montent à 72% coupable vs 1% non coupable. Les experts notent qu'une telle disparité avait déjà été observée lors du procès d'OJ Simpson.

Selon son avocat, George Zimmerman a peur de ne pas bénéficier d'un procès équitable. Théoriquement, les jurés n'ont pas le droit de se faire un avis avant d'avoir tous les éléments en mains. Mais l'ex-procureur californien Michael Cardoza explique à 20 Minutes qu'il faut «des preuves flagrantes» pour qu'un membre du jury s'éloigne de son sentiment initial.