La procureur décidera seule

Armelle le goff

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Une manifestation en hommage à Trayvon Martin, lundi, à Los Angeles.
Une manifestation en hommage à Trayvon Martin, lundi, à Los Angeles. — J. REDMOND / REUTERS

Elle décidera elle-même si l'homme qui a tué le jeune Trayvon Martin doit être inculpé. Procureur chevronnée de Jacksonville (Floride), Angela Corey a décidé de ne pas convoquer de jury populaire. Une lourde responsabilité pour cette juge élue en 2008 sous les couleurs du Parti républicain tant la mort de Trayvon Martin a ému l'Amérique. Le 23 mars dernier, Barack Obama a déclaré à la fin d'une conférence de presse que s'il avait eu un fils, celui-ci aurait ressemblé à Trayvon Martin. Une façon pour le président américain d'accréditer les soupçons de crime raciste dans une Amérique toujours profondément marquée par l'histoire de l'esclavage, « l'une des plus tragiques de toute l'aventure humaine », ainsi que le souligne l'historienne, spécialiste des Etats-Unis, Nicole Bacharan*.

Les circonstances du meurtre restent floues
Afro-Américain âgé de 17 ans, Trayvon Martin a été tué le 26 février à Sanford (Floride) alors qu'il rentrait chez son père après être allé à l'épicerie, le visage masqué par sa capuche. George Zimmerman, un Hispanique de 28 ans, vigile de quartier, a reconnu l'avoir tué. Mais les circonstances du meurtre restent floues. George Zimmerman plaide la légitime défense (lire encadré), alors que Trayvon Martin n'était pas armé. Pour autant, la police, appelée quelques minutes avant qu'il tire, ne l'a pas arrêté, affirmant ne pas trouver de preuves contradictoires avec sa version des faits. Une décision qui a heurté les soutiens de la famille Martin, qui ont manifesté à travers le pays.
De son côté, George Zimmerman a créé un site Internet afin de lever des fonds pour sa défense et faire valoir le coût de cet événement dans sa vie. « J'ai été obligé de quitter ma maison, mon école, mon travail, ma famille et même, en fin de compte, ma vie entière », écrit-il.
C'est donc un dossier extrêmement sensible qu'aura à trancher dans les prochaines semaines la juge Corey. Un dossier qui témoigne de la prégnance du soupçon de racisme dans la société américaine aujourd'hui encore, et ce, malgré l'élection en 2008 d'un président métis à la Maison Blanche.

légitime défense

Voté en 2005 en Floride avec le soutien de la NRA, le lobby des armes, le texte « Stand your ground », promulgué par l'ex-gouverneur Républicain de Floride Jeb Bush, accorde dans les faits l'impunité à une personne assurant avoir agi en « état de légitime défense ».