Marc Dutroux, symbole du mal absolu pour des millions de Belges

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Condamné le 22 juin 2004 pour une série de rapts, de viols et d'assassinats de fillettes et adolescentes au milieu des années 1990, Marc Dutroux symbolise le mal absolu aux yeux de 10 millions de Belges.
Dix ans après l'éclatement de la plus retentissante affaire criminelle de l'histoire du « Plat pays », la haine des habitants du royaume envers le « monstre de Charleroi », aujourd'hui âgé de 49 ans, est encore immense.
Les seize semaines du procès d'Arlon n'ont certainement pas réconcilié Dutroux et ses concitoyens, qui attendaient avec les familles des victimes qu'il « crache enfin le morceau » et dise la vérité.
Au lieu de cela, l'ancien électricien au chômage, ferrailleur à ses heures perdues, a tenté jusqu'au dernier jour du procès de minimiser ses responsabilités et de se défausser sur ses co-accusés et sur les autorités policières et judiciaires belges, à ses yeux entièrement corrompues.
« Marc Dutroux, vous avez été condamné au maximum de la peine. Je crois que vous vous en tirez mieux que la plupart de vos victimes qui ne font plus partie du monde des vivants », a déclaré le président des assises d'Arlon (sud-est),Stéphane Goux, au terme de la lecture du verdict.

Décrit par les psychiatres comme l'exemple « parfait » de la psychopathie, Marc Dutroux est aussi un être insensible à la souffrance des autres, selon ses avocats. De sa voix monocorde au fort accent de Charleroi (sud), il a exprimé durant le procès ses « regrets » aux victimes et à leurs familles, qui les avaient rejetées en bloc.
Si Marc Dutroux est resté sans réaction à l'énoncé de la sentence, c'est parce qu'il considérait le procès d'Arlon comme une « étape » dans son combat judiciaire, a expliqué son avocat principal, Xavier Magnée. C’était pourtant là une sentence définitive puisque la Cour de cassation a rejeté en décembre 2004 son pourvoi ainsi que celui de son ex-épouse Michelle Martin.
Aîné d'une famille de cinq enfants, Marc Dutroux a décrit sa jeunesse comme une série de mauvais coups et d'humiliations subies de la part de ses parents instituteurs.
Entre 1983 et 1985, Dutroux enlève des mineures, qu'il séquestre quelques heures et viole, parfois avec la complicité de sa compagne Michelle Martin.
Marc Dutroux ne semble cependant pas appartenir à la catégorie des pédophiles classiques. D’après les psychiatres, « à aucun moment, l'âge des victimes n'a semblé éveiller en lui un quelconque affect ni jouer un rôle particulier, si ce n'est par la plus grande facilité à les kidnapper, les manipuler, les séquestrer ».
L’homme sera condamné pour ces faits à treize ans de prison, dont il ne purgera que les six premières années avant de bénéficier, en 1992, d'une remise en liberté conditionnelle. Révolté par sa condamnation, qu'il juge injuste, et par la prison, il jure alors de ne jamais retourner derrière les barreaux, sans toutefois renoncer à la délinquance.
Entre juin 1995 et août 1996, six jeunes filles seront à nouveau enlevées dans plusieurs régions belges.
Deux d'entre elles, Sabine Dardenne et Laetitia Delhez, seront libérées vivantes le 15 août 1996 du cachot de Marcinelle (sud), où leur bourreau les gardait.
Les corps des quatre autres, mortes de faim comme les petites Julie Lejeune et Melissa Russo (8 ans) ou enterrées vivantes comme An Marchal et Eefje Lambrecks, deux adolescentes flamandes, seront exhumées quelques jours plus tard de terrains situés à l'arrière de ses propriétés près de Charleroi (sud).