Mali: La junte dépassée par l'avancée des islamistes

AFRIQUE L'ONU s'inquiète de la rapidité et de l'ampleur de la rébellion...

Lucie Romano

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Les militaires maliens ont investi Bamako, mercredi 21 mars
Les militaires maliens ont investi Bamako, mercredi 21 mars — Harouna Traore/AP/SIPA

Profitant du putsch de militaires contre le président Amadou Toumani Touré le 22 mars, les rebelles touareg et des groupes islamistes ont pris le contrôle des trois métropoles du nord du Mali, Kidal, Gao et Tombouctou. Le pays est coupé en deux.

Qui mène la danse côté assaillants?

Les rebelles touareg du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), au nord du Mali, semblent dépassés par les islamistes de l'organisation Ansar Dine et d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), au moins dans la ville de Tombouctou, aux mains des salafistes. Ces derniers disent vouloir imposer la charia (loi islamique). Selon des témoignages, dans les rues de la ville, plusieurs bars et débits d'alcool ont été saccagés et des femmes sont désormais voilées. Le MNLA dit «se démarquer» de ces «réseaux mafieux».

Qu'en est-il de la junte?

Elle a perdu toute légitimité. Basée à Bamako, elle est complètement dépassée par les événements et se cherche une porte de sortie. Elle pourrait rendre le pouvoir. Elle a dénoncé mercredi «les graves violations des droits de l'homme» dont serait victime la population dans le nord du Mali.

Quels sont les enjeux?

Eviter d'abord que les islamistes gagnent l'ensemble du pays. Certains rebelles, avec Aqmi, pourraient envisager de s'emparer de l'ensemble du territoire malien pour en faire une république islamiste. L'autre enjeu, ce sont les risques de crise humanitaire. Les assauts des rebelles ont déplacé plus de 200 000 personnes dans le nord du pays. A cela s'ajoute la menace d'une crise alimentaire à cause de la sécheresse et de la désorganisation de l'aide extérieure due aux combats.

Et puis il y a le risque de contagion.

L'incendie peut rapidement se propager aux pays voisins du Niger, de l'Algérie, du Tchad ou du Nigeria en butte, eux aussi, à des menaces sécessionnistes ou à des mouvements terroristes.

La communauté internationale est inquiète

Dans leur troisième déclaration depuis le putsch du 22 mars, les Nations unies ont renouvelé leur appel à la restauration de l'ordre constitutionnel et apporté leur soutien aux efforts de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a placé 3 000 soldats en état d'alerte. Le texte adopté mercredi appelle les rebelles à mettre fin à toutes les violences et presse toutes les parties à chercher une solution pacifique.