Mali: La Cédéao décide d'un «embargo total» contre la junte

CRISE Alors que, dans le nord du pays, les islamistes d'Ansar Dine et d'Al-Qaida au Maghreb islamique continuent leur avancée...

© 2012 AFP

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Les chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest, réunis lundi à Dakar, ont menacé d'intervenir militairement au Mali en pleine tourmente et annoncé un "embargo total" et immédiat au moment où la ville de Tombouctou (nord) tombait aux mains des islamistes qui en ont chassé les rebelles touareg.
Les chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest, réunis lundi à Dakar, ont menacé d'intervenir militairement au Mali en pleine tourmente et annoncé un "embargo total" et immédiat au moment où la ville de Tombouctou (nord) tombait aux mains des islamistes qui en ont chassé les rebelles touareg. — Issouf Sanogo afp.com

Les chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest, réunis lundi à Dakar, ont menacé d'intervenir militairement au Mali en pleine tourmente et annoncé un «embargo total» et immédiat au moment où la ville de Tombouctou tombait aux mains des islamistes qui en ont chassé les rebelles touareg.

 

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a décidé «de la mise en place immédiate» de sa force militaire «d'attente», a annoncé lundi à Dakar à l'issue du sommet le chef de l'Etat ivoirien Alassane Ouattara, président en exercice de l'organisation. Pour cela, les douze chefs d'Etat présents ont «demandé au comité des chefs d'état-major de se réunir dès cette semaine à Abidjan pour voir les modalités d'activation de cette force», a déclaré Alassane Ouattara. Préventivement, la Cédéao avait déjà mis en état d'alerte en fin de semaine dernière une force militaire de quelque 2.000 hommes.

L'organisation a également décidé d'un «embargo total» contre la junte au pouvoir à Bamako, en application des menaces annoncées lors d'un précédent sommet sur la crise malienne le 29 mars dernier à Abdijan. Le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo a «pris acte» de ces sanctions, rappelant cependant que «l'urgence est le recouvrement de l'intégrité territoriale» dans le nord.

Tombouctou tombée aux mains des islamistes

Au moment où étaient prises ces décisions, l'AFP apprenait de sources concordantes que la ville historique de Tombouctou, ancien haut-lieu touristique du Mali, était tombée aux mains des islamistes d'Ansar Dine (défenseur de l'Islam) et d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). L'agence d'information en ligne mauritanienne Al-Akhbar, a affirmé lundi que «des forces d'Aqmi ont investi dimanche soir la ville de Tombouctou, avec 50 véhicules surarmés». «Désormais, les drapeaux d'Aqmi flottent sur l'état-major et partout dans le reste de la ville», ajoute Al-Akhbar.

Un chef historique d'Aqmi, l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, qui était parti en Libye depuis plusieurs semaines, est revenu dans le nord du Mali, a par ailleurs appris lundi l'AFP de sources sécuritaires régionales. Sous pression, la junte qui a pris le pouvoir le 22 mars avait promis dimanche le retour à un pouvoir civil et une transition vers des élections à une date non précisée.

La rébellion touareg du MNLA et les autres composantes de la rébellion, groupes islamistes et trafiquants, ont pris coup sur coup depuis vendredi les trois capitales régionales du nord: Kidal, Gao et Tombouctou, sans rencontrer de résistance. Rien -et surtout pas l'armée malienne en déroute- ne semble pouvoir stopper cette fulgurante offensive, qui suscite beaucoup de craintes parmi les populations.

Neuf soldats tués

Des centaines d'habitants de Mopti et de ses environs, incluant des militaires et leurs familles, ont quitté leur domicile, craignant l'avancée des rebelles, ont indiqué des témoins. Des scènes de vandalisme ont aussi été constatées dans les régions nouvellement capturées et une banque a été dynamitée lundi à Gao où les vivres commencent à manquer. Neuf soldats ont été tués lors de la prise de cette ville samedi, selon des témoins.

L'avancée rebelle a été rendue possible à la fois par la désorganisation de l'armée malienne, aggravée par le putsch, mais également par l'armement lourd dont dispose la rébellion et les groupes islamistes, ramené de Libye par des centaines de supplétifs du colonel Mouammar Kadhafi, qui ont combattu à ses côtés avant la chute de son régime en août 2011. La junte, dirigée par le capitaine Amadou Sanogo, avait justifié son coup d'Etat par "l'incompétence" du président ATT à combattre la rébellion dans le nord.

Sur le terrain, le putsch a eu pour principal effet d'accélérer l'offensive du MNLA et de ses «alliés» du moment. Mais leur domination sur tout le nord pourrait paradoxalement exacerber leurs rivalités. Les hommes d'Ansar Dine ont clairement annoncé leur intention d'appliquer la charia dans tout le Mali, la MNLA, mouvement laïque souhaitant, lui, créer un Etat touareg dans le nord du pays. Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira mardi pour examiner la crise au Mali.

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