Mort de Zarqaoui : les réactions

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AFP TV/Al Forat
Réactions dans le monde arabo-musulman

La Jordanie a félicité jeudi le gouvernement irakien après l'élimination d’Abou Moussab al-Zarqaoui. "Le crédit va essentiellement au gouvernement irakien et aux autorités irakiennes", a déclaré le porte-parole du gouvernement jordanien, Nasser Jawdeh. "L'opération était essentiellement irakienne avec l'aide de la Force multinationale. Mais toutes les parties engagées dans la chasse à Zarqaoui ont contribué dans le domaine de l'information", a-t-il dit. "Les services de renseignements jordaniens ont joué un rôle dans cette opération surtout pour localiser Zarqaoui". "Il y a eu une coordination sécuritaire depuis quelque temps", a-t-il dit.

Le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, s'est dit optimiste jeudi quant à la capacité des forces de sécurité à venir à bout de la violence. "La mort d'Abou Moussab al-Zarqaoui et la mise en place de l'équipe ministérielle chargée de la sécurité donnent de fortes indications sur la relance avec force et efficacité du plan de sécurité", a-t-il déclaré sur la télévision publique Iraqia. "Les effets de ce plan vont se faire sentir lors de sa mise en application à Bagdad et dans les provinces. Ce qui nous pousse à l'optimisme, c'est la volonté politique d'unité nationale commune à toutes les composantes politiques, qui va avoir de l'influence sur la situation sécuritaire. Le plan de sécurité élaboré et approuvé est ambitieux et j'espère qu'il viendra à bout du terrorisme. Le terrorisme ne sera peut-être pas totalement vaincu mais sa tête sera brisée à Bagdad, avant de l'être dans les provinces", a-t-il dit.

Le président irakien, Jalal Talabani, s'est réjoui de la mort du chef d'Al-Qaïda en Irak. "C'est un signe de bon augure pour le gouvernement d'union nationale au commencement de son travail. Cela va soutenir son action face au terrorisme et à la violence, l'aider à rétablir la sécurité, répondre aux besoins du peuple et bâtir un Irak démocratique et fédéral", a-t-il souligné.

Le chef des commandos du ministère de l'Intérieur irakien, le général Rachid Flayah, s'est réjoui de la mort du chef terroriste. "C'est une bonne nouvelle car c'était un élément malfaisant qui a tué beaucoup d'Irakiens. Cela dissipe le doute dans l'esprit des Irakiens dont certains pensaient que les Américains savaient où se trouvait Zarqaoui sans le pourchasser", a-t-il estimé, ajoutant: "La mort de ce terroriste maintenant va profiter au gouvernement". Il a estimé que sa disparition va aider à réduire la violence sans exclure "des attaques motivées par une volonté de revanche ou pour prouver que le réseau terroriste est toujours implanté dans le pays".

Le président afghan, Hamid Karzai, s'est réjoui jeudi de la mort de Zarqaoui : "C'est un coup sévère porté au terrorisme et un immense succès dans la guerre internationale contre le terrorisme". Il estime que "Zarqaoui et son organisation terroriste sont responsables de la mort de milliers de muslmans en Irak et en Afghanistan". La mort d'Abou Moussab al-Zarqaoui "ne marque pas la fin du terrorisme dans le monde, mais c'est un pas significatif pour débarrasser le monde du terrorisme. Ce succès devrait tous nous encourager, aussi bien dans le monde musulman qu'ailleurs, de continuer à accroître nos efforts communs dans la bataille contre le terrorisme", a encore déclaré le président.

Le réseau terroriste Al-Qaïda a confirmé jeudi la mort d’Abou Moussab al-Zarqaoui sur un site islamiste considéré comme le site officiel de l’organisation : "Nous vous annonçons la mort en martyr de notre cheikh, le combattant Abou Moussab al-Zarqaoui. La mort de nos dirigeants ne fera que renforcer notre détermination à poursuivre le jihad pour que la parole d'Allah prenne le dessus". S'adressant à Oussama ben Laden, le groupe promet que "ses soldats dans le groupe Al-Qaïda en Mésopotamie continueront sur le chemin tracé par notre cheikh Abou Moussab".

La soeur préférée d'Abou Moussab al-Zarqaoui, Oum Qoudama, a dit espérer "que Dieu donnera aux moujahidine quelqu'un d'encore meilleur".


Réactions dans le reste du monde

Pour le président américain, George W. Bush, la mort de Zarqaoui est "un coup dur porté à Al-Qaïda". Pour lire l’intégralité de sa réaction, cliquer ici

Pour le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, la mort de Zarqaoui "est évidemment une grande défaite pour Al-Qaïda. Nous espérons que nous pourrons continuer à travailler avec tous nos partenaires pour faire de la violence en Irak quelque chose du passé".

Le Premier ministre britannique, Tony Blair, s'est réjoui jeudi de la mort de Zarqaoui qui était l'"avocat le plus cruel" de la violence terroriste en Irak "qui vise à étouffer la démocratie naissante". Sa mort "représente un coup pour Al-Qaïda en Irak et donc un coup pour Al-Qaïda partout. Mais ne nous faisons pas d'illusions. Nous savons qu'ils continueront à tuer, qu'il y a beaucoup d'obstacles à dépasser. Mais ils savent aussi que notre détermination à les vaincre est totale. Je ne minimise pas les énormes défis qui restent en Irak et ailleurs, mais l'élection du nouveau gouvernement montre un nouvel espoir de réussite". Il a appelé la communauté internationale à dépasser ses divisions sur l'Irak et l'Afghanistan pour répliquer de façon unie au terrorisme. "Si nous battons Al-Qaïda en Irak, nous battrons Al-Qaïda partout dans le monde. Quel que soit le débat sur la décision originelle de renverser Saddam Hussein, une lutte d'une nature différente s'est organisée au cours des trois ans écoulés depuis cette déposition. Al-Qaïda prend position en Irak et en Afghanistan : ils savent que si le progrès et la démocratie s'enracinent dans ces pays, leurs valeurs de haine et de violence envers ceux qui sont en désaccord avec eux seront déracinées en retour", a-t-il dit.

Le frère de l'otage britannique Kenneth Bigley, assassiné en 2004 en Irak, s'est félicité jeudi de la mort d'Abou Moussab al-Zarqaoui, "un monstre" responsable de la mort de son frère et de "nombreux innocents". "Je suis heureux qu'il ait été éliminé de la surface de la terre", a déclaré Stan Bigley. Mais "personnellement, j'aurais préféré le voir emprisonné à vie plutôt que de lui infliger la peine de mort. La peine de mort est trop rapide pour quelqu'un comme lui. On aurait dû lui faire passer sa vie derrière des barreaux", a-t-il poursuivi. Il a également estimé que la mort de Zarqaoui ne serait d'aucune aide pour retrouver le corps de son frère. "Je ne crois pas qu'ils trouveront jamais le corps de Ken, et je le pense depuis un certain temps. J'espère et je prie qu'ils le retrouvent, pour ma mère, mais je ne crois pas qu'ils y parviendront, donc ça ne fera pas beaucoup de différence de ce point de vue", a-t-il ajouté.

"Je pense qu'on peut dire sans risque qu'il ne sera pas regretté", a déclaré le porte-parole de l’Otan à Bruxelles, James Appathurai, lors d'un point de presse.

La mort de Zarqaoui est une "nouvelle formidable", a déclaré jeudi le Premier ministre australien, John Howard. "Non seulement sa mort supprime un terroriste cruel mais c'est également un formidable coup de tonus pour les forces antiterroristes en Irak". Le chef d'Al-Qaïda en Irak était "le principal architecte du terrorisme" dans le pays, a-t-il ajouté, estimant que sa mort allait être un soulagement pour les Irakiens, "premières victimes de son comportement meurtrier".

Le gouvernement japonais a exprimé jeudi l'espoir que le décès de Zarqaoui contribue à améliorer la sécurité en Irak. "J'espère que sa mort pourra contribuer à améliorer la sécurité en Irak, étant donné qu'il constituait une présence symbolique pour les terroristes étrangers en Irak", a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Katsutoshi Kaneda.

Il est trop tôt pour dire si la mort de Zarqaoui est "un tournant" de la guerre en Irak, mais c'est "certainement très utile", a déclaré jeudi la ministre britannique des Affaires étrangères, Margaret Beckett.

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a jugé que la mort de Zarqaoui représentait une "victoire significative dans la bataille contre le terrorisme en Irak et, je dirais, dans le monde entier. "Etant donné la nature des réseaux terroristes, la mort de Zarqaoui ne signifiera pas la fin des violences dans ce pays", a-t-il cependant ajouté. "Il personnifiait la vision noire, sadique et médiévale de l'avenir faite de décapitations, d'attentats suicides et d'assassinats indiscriminés, des agissements rejetés par la majorité écrasante des Irakiens, qu'ils soient sunnites, kurdes ou chiites, et clairement par la majorité des musulmans dans le monde. Cela n'aide pas le réseau" terroriste, a-t-il renchéri. "Cela va les ralentir et leur rendre les choses plus difficiles".
Interrogé pour savoir si un autre dirigeant terroriste prendrait la relève, il a répondu : "Oh, quelqu'un d'autre surgira bien mais ce gars était vraiment le cerveau derrière le réseau".

Le père de Nicholas Berg, un jeune Américain décapité par Zarqaoui en mai 2004, s'est déclaré jeudi peu réconforté par l'annonce de la mort du chef terroriste : "La mort de Zarqaoui va déclencher à nouveau une spirale de revanche et la revanche est un sentiment que je ne soutiens pas". "Comment un être humain pourrait-il être satisfait de la mort d'un autre être humain?" Zarqaoui "a une famille qui réagit, tout comme ma famille a réagi quand Nick a été tué et je me sens mal pour ça", a-t-il dit. "Je me sens doublement mal parce que Zarqaoui est une figure politique et sa mort va réactiver une autre vague de revanche", a-t-il ajouté. "Chaque fois que des atrocités sont commises par les Américains, davantage d'Irakiens qui essaient pourtant d'être pacifistes rejoignent ce que nous appelons les rangs des insurgés mais ce que j'appelle la résistance contre l'occupation d'une nation souveraine", a-t-il encore dit sur CNN.