Présidentielle au Sénégal: «Macky Sall incarne une figure présidentielle nouvelle»

INTERVIEW Au lendemain de l'élection de Macky Sall au deuxième tour de l'élection présidentielle, Marie Brossier, chercheur en Sciences politiques et spécialiste du Sénégal répond aux question de «20 minutes»...

Recueilli par Armelle Le Goff

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Des partisans de Macky Sall dans les rues de Dakar, au Sénégal, le 25 mars 2012.
Des partisans de Macky Sall dans les rues de Dakar, au Sénégal, le 25 mars 2012. — Tanya Bindra/AP/SIPA

Abdoulaye Wade a immédiatement accepté sa défaite face à Macky Sall, qui a remporté dimanche l’élection présidentielle, est-ce une surprise?

Abdoulaye Wade avait lui-même bénéficié de l’alternance avec Abdou Diouf en 2000, il aurait été malvenu qu’il ne joue pas le jeu à son tour. Agé de 87 ans, il ne faut pas non plus exclure qu’il ait été poussé à se représenter par des faucons du PDS [le parti d’Abdoulaye Wade]. Il est vrai que lorsqu’on rentre dans le jeu du clientélisme, certaines personnes, qui avaient tout intérêt à faire perdurer le système, auraient sans doute souhaiter voir Karim Wade prendre la relève de son père. Les Sénégalais ont voulu rompre avec cela et il semble que le report des voix des candidats du premier tour sur Macky Sall ait bien fonctionné.

Le fait que les chefs religieux ne se soient pas réellement positionnés lors de cette élection, notamment en faveur d’Abdoulaye Wade, a-t-il servi Macky Sall?

A l’exception de Cheikh Béthio de la confrérie Mouride, qui s’est prononcé en faveur d’Abdoulaye Wade, la plupart des grands chefs religieux se sont abstenus de donner des consignes. Ce n’est pas surprenant. Depuis 2000 et l’alternance démocratique, les chefs religieux ont compris que leurs consignes publiques étaient peu suivies. A l'époque, les leaders des confréries ne s'étaient pas prononcés clairement mais les seconds couteaux avaient appelé à voter Abdou Diouf. Pourtant, Abdoulaye Wade avait gagné. Maintenant, cela ne veut pas dire que dans l’intimité de leur rapport avec leurs disciples, les marabouts ne fassent passer aucune consigne.

Dès lors, comment faut-il comprendre la déclaration de Macky Sall de vouloir prendre ses distances avec les confréries?  

Si Macky Sall dit qu'il veut prendre ses distances avec les confréries, c'est surtout pour se démarquer d’Abdoulaye Wade. Cela s’inscrit dans un discours plus global visant à se poser en rupture avec le mode de gouvernement de Wade et ses dérives : le clientélisme, la corruption, etc. Maintenant dans quelle mesure ce discours sera effectivement suivi d’effets, l’expérience du pouvoir le montrera. Mais, concernant le religieux et le politique, ils resteront imbriqués.

Le fait que Macky Sall soit issu d’un milieu très populaire, cela peut-il augurer d’une nouvelle façon d’exercer le pouvoir?

Abdoulaye Wade a imposé cette figure du président très populaire, très proche du peuple, qui sillonne le pays et parle très bien wolof. Mais il est certain que Macky Sall incarne pour ceux qui l’ont porté au pouvoir le désir d’une nouvelle figure présidentielle, plus proche notamment en termes de génération. Cela dit, il semble que le vote pour Macky Sall ait plus été un vote de contestation que d’adhésion. De nombreux opposants au PDS [le parti d’Abdoulaye Wade] lui reprochent d’être l’héritier politique de Wade [il a notamment été son Premier ministre de 2004 à 2007] et donc de ne pas vraiment incarner la rupture.