Sénégal: Le deuxième tour de tous les dangers

REPORTAGE Plus de 5 millions de Sénégalais sont appelés aux urnes ce dimanche pour un scrutin à l'issue incertaine...

Envoyés spéciaux à Dakar Armelle Le Goff et Vincent Wartner

— 

Macky Sall, candidat à la présidentielle sénégalaise et opposant à Abdoulaye Wade.
Macky Sall, candidat à la présidentielle sénégalaise et opposant à Abdoulaye Wade. — V.WARTNER / 20 MINUTES

Envoyés spéciaux à Dakar

L'élève va-t-il dépasser le maître? En créant en 2008 l'Alliance pour la république (APR), après son clash en 2008 avec Abdoulaye Wade [au sujet de malversations dont il soupçonnait Karim Wade, le fils du Président, de s'être rendu coupable], Macky Sall, 52 ans, s'est engagé dans la course à la présidentielle. Il le dit lui-même, il a passé quatre ans à sillonner le pays pour se faire connaître.

Les résultats ont payé, dès le premier tour, avec 26,6% des voix [contre 34,8% des suffrages pour Wade] et le report sur son nom de presque tous les autres candidats. Le second tour, ce dimanche 25 mars, pourrait donc conforter l'avance mathématique qu'il s'est assuré le 26 février dernier.

Tous les scénarii sont possibles

Mais les Sénégalais peinent à pronostiquer une victoire à l'un ou l'autre des candidats. Le président sortant Abdoulaye Wade a, malgré ses 87 ans, mené durant un mois une campagne active et agressive. Dakar est tapissée d'affiches de campagne à sa gloire, promettant la poursuite du «sopi» [changement, en wolof]. Même si nombre d'entre elles sont aspergées de peinture, et si, sous l'affiche géante qui surplombe la corniche, des policiers postent pour éviter toute dégradation, le «Gorgui» [vieux, en wolof] pourrait bien se maintenir.

A Dakar, cette semaine, aucun scénarii n’est exclu. «Franchement, comment ne pas être inquiet? Quelqu’un qui est allé au premier tour alors qu’il n’en avait pas le droit respectera-t-il le vote de ses concitoyens», s’interroge Almamy Mamadou Wane, auteur de Le Sénégal entre deux naufrages? Le Joola et l’alternance (Ed. L’Harmattan) et farouche opposant à Wade.

Espoir de changement

C'est une de ses anciennes ministre de la Santé qui le dit, Eva-Marie Coll-Seck, les Sénégalais souhaitent un changement à la tête de l'Etat. « Les majorité des Sénégalais que je rencontre réclament une alternance. Et c’est vrai, il faut une alternance générationnelle à ce pays », insiste l’ancienne ministre. Cette envie pourrait donc se traduire dans les urnes par la victoire de Macky Sall, ancien Premier ministre d’Abdoulaye Wade de 2004 à 2007. Un homme qui n'a peut-être ni son expérience ni son charisme, mais qui promet une nouvelle gouvernance.

«Si je suis élu à la tête du pays, je conserverais évidemment ce qu’il a fait de bien, mais pour le reste on mettra de l’ordre dans de nombreux dossiers…», a-t-il confié à 20Minutes. Même s’il croit en son élection, il n’a pas caché craindre les violences. « Si le résultat des urnes n’est pas accepté, il risque d’y avoir des violences », a-t-il pronostiqué. Alors que le Mali voisin est aux prises d’un coup d’Etat militaire, le Sénégal préservera-t-il sa démocratie? Réponse dans les urnes.